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Liban - Le Commentaire

Le Liban, éternelle chasse gardée aux yeux de la Syrie

La Syrie a toujours refusé qu'une tierce partie entre en ligne dans ses rapports avec le Liban. Lors de l'élaboration du traité de Taëf, le président Hafez el-Assad avait exigé de rédiger de sa propre plume l'alinéa relatif au retrait potentiel de ses troupes du territoire libanais. Le Amid du Bloc national, le regretté Raymond Eddé, avait demandé la révision de ce passage, comme condition sine qua non de sa participation à la conférence. Il lui avait été sèchement répondu que la formule Assad n'était pas modifiable. Bien des années auparavant, quand la Force de dissuasion arabe avait été mise sur pied, les Syriens en avaient assez rapidement évincé les autres contingents arabes. Le Amid avait, dès le départ, attiré l'attention du président Élias Sarkis sur cette perspective. En le priant de veiller à ce que les pays arabes contributeurs disposent, chacun, d'autant d'effectifs que les Syriens. Mais cela n'a pu se faire. Raymond Eddé tirait régulièrement la sonnette d'alarme sur les visées que la Syrie voulait réaliser à travers une forte présence militaire au Liban. Autre torpillage syrien réussi : le comité tripartite mis sur pied lors de la conférence de Casablanca et formé du roi du Maroc, du roi d'Arabie saoudite et du président algérien. Une instance chargée d'aider le gouvernement libanais à surmonter la crise en étendant son autorité sur l'ensemble du territoire national. Or par diverses manœuvres et démarches de diversion, la Syrie a fait en sorte que ce comité tripartite de suivi ne pût jamais se réunir. Et elle a raflé la mise toute seule, pour appliquer à sa guise un Taëf tronqué et faire main basse sur le Liban politique. Elle a pu ainsi, malgré l'intervention du secrétaire d'État US James Baker, gommer le délai de deux ans prévu pour son retrait du Liban, la date se situant en septembre 1992, et s'octroyer une rallonge de 13 ans. Jusqu'à ce qu'elle soit boutée dehors, après l'assassinat du président Hariri, par la révolution du Cèdre, le 26 avril 2005. La Syrie a en outre contré la dissolution de toutes les milices, libanaises ou palestiniennes, ordonnée par Taëf. Elle a veillé à ce que les formations qui ne lui étaient pas acquises soient désarmées, mais pas du tout ses alliés, libanais et palestiniens. De ce fait, l'État libanais n'a pas pu établir son autorité sur l'ensemble du territoire national, ni contrôler les cantons et les camps aux mains des milices subsistantes. Un état de fait qui perdure et ne cesse de s'aggraver. Derrière tout cela, toujours la menace larvée du muscle. Quand la Rencontre de Kornet Chehwane réclamait avec insistance le retrait syrien, les proches de Damas lui remontraient qu'il ne fallait jamais titiller les Syriens car cela ne faisait que les braquer. En lui conseillant donc de faire le dos rond et d'attendre que les Syriens aient envie d'eux-mêmes de partir. De fait, la Syrie n'a pas hésité à défier la légalité internationale en faisant totalement fi de la résolution 1559 qui lui ordonnait de partir et aussi de ne pas se mêler de la présidentielle libanaise. Elle est restée et a fait rester pour trois ans de plus le président Émile Lahoud, en affirmant que l'ONU n'avait pas à se mêler des affaires ne regardant que le Liban et elle. Même réaction après la 1680 qui ordonnait le tracé des frontières libano-syriennes, le règlement du litige sur Chebaa et l'arrêt du transfert frontalier d'armes, en pressant les parties concernées, entendre la Syrie et l'Iran, à contribuer à la concrétisation de la 1559. Là aussi, donc, Damas a répondu que le Palais de Verre n'avait pas le droit d'intervenir dans des questions politiques et des rapports bilatéraux entre États membres. Ajoutant, pour faire bonne mesure, que la 1680 constituait une provocation délibérée ne pouvant que compliquer la situation « et les problèmes qui sont sous étude positive ». Idem, enfin, pour la 1701, et c'est dire que la Syrie ne voudra jamais entendre raison.

La Syrie a toujours refusé qu'une tierce partie entre en ligne dans ses rapports avec le Liban. Lors de l'élaboration du traité de Taëf, le président Hafez el-Assad avait exigé de rédiger de sa propre plume l'alinéa relatif au retrait potentiel de ses troupes du territoire libanais. Le Amid du Bloc national, le regretté Raymond Eddé, avait demandé la révision de ce passage, comme condition sine qua non de sa participation à la conférence. Il lui avait été sèchement répondu que la formule Assad n'était pas modifiable. Bien des années auparavant, quand la Force de dissuasion arabe avait été mise sur pied, les Syriens en avaient assez rapidement évincé les autres contingents...
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