Mon expérience dans ce domaine est très récente et encore trop douloureuse. Depuis le départ de mes enfants, je souffre et j'ai l'impression de flotter dans le temps, dans l'attente de je ne sais trop quoi. Le « blue moon », ou dépression qui suit l'accouchement, est un jeu d'enfant comparé à cet immense sentiment de vide auquel rien ne m'avait préparé. En tant que femme, je m'étais totalement investie dans mon rôle de maman, émerveillée de sentir cette vie se développer en moi, rêvant de cet enfant qui sera pour moi le plus beau du monde, pétrie d'amour pour lui avant même de le connaître. Attendrie lors de ses premiers pas, buvant ses premières paroles, attentive à ses réflexions et éblouie de revoir les choses à travers ses yeux d'enfant. Pleurant de joie quand il passait avec succès ses examens ou me morfondant d'inquiétude à son chevet quand il était malade. Étant prête à prendre sur moi toutes les souffrances, les soucis, les fatigues pourvu qu'il soit heureux, épanoui et ne manque de rien. J'étais pour lui tantôt la plus belle des mamans, la plus gentille, tantôt la « vilaine », celle qui interdisait, qui posait des limites. Tour à tour éducatrice, confidente, conseillère, veillant sur lui comme sur la prunelle de mes yeux, l'élevant avec maladresse peut-être, mais avec tant d'amour.
L'éducation des enfants ne s'apprend pas dans les livres, on fait de son mieux et surtout on les aime. Alors, pleine de cet amour, je ne les ai pas vu grandir, c'est bête. Je leur plantais pourtant moi-même les bougies dans le gâteau d'anniversaire chaque année ! Je rêvais de les voir grands, achevant avec succès leurs études universitaires et allant se spécialiser dans une grande école à l'étranger.
Je ne savais pas que les rêves pouvaient être aussi douloureux quand ils se réalisaient. Ce jour est arrivé, les enfants sont partis. Je me retrouve avec une impression de ne plus servir à rien qui m'étouffe. Que faire à présent, comment combler ce vide angoissant ?
Il y a aussi un sentiment de culpabilité : serais-je égoïste ? Une maman ne devrait- elle pas penser avant tout à l'avenir de ses enfants et non se lamenter sur son sort ? Que de pensées et de réflexions dans ma tête ! Ne pas mettre la pression sur mes enfants quand je leur parle au téléphone et passer en même temps le message qu'ils me manquent et que je les aime, leur dire que je suis fière d'eux. Avoir le sourire aux lèvres quand ils rentrent pour les vacances et pleurer dans mon cœur en comptant les jours qui restent avant leur départ.
Dieu, que c'est éprouvant ! Il y a des moments où j'ai envie de tout laisser tomber, de dormir et de ne plus me réveiller. Mais il y a mon mari. Un mari qui souffre en silence lui aussi, à sa manière, qui me supporte, m'écoute et m'aime quels que soient mes états d'âme. Un mari qui, tout comme moi, ne savait pas... que les enfants avaient des ailes...

