Lorsque le cinéaste entreprend de dévoiler une œuvre, ne sait-il pas qu'il incite d'ores et déjà au voyeurisme? On est bien d'accord: tout cinéphile est un voyeur. C'est même le voyeur par excellence. Tapi dans le noir, affalé dans son fauteuil, il n'a même pas besoin de prendre des jumelles ou de faire un effort, les images l'envahissent. Tout est à portée de son œil, de son regard. «Je veux voir», disait Catherine Deneuve dans le film de Joanna Hadjithomas et Khalil Joreige. Voir quoi? La violence d'une guerre, l'abandon d'une population, les meurtrissures? On veut tous voir. La vie des autres, pénétrer l'intimité de l'autre et s'y fondre jusqu'à la confusion (Florian Henckel von Donnersmarck, 2006); contrôler cette vie et jouer au marionnettiste qui regarde tout de là-haut (Truman Show, 1998). Dans une salle obscure, cinéastes et cinéphiles sont en parfaite symbiose. Ils sont complices d'une œuvre qui se nourrit du regard de l'un et s'amplifie, se diversifie dans celui de l'autre. L'un est passeur d'émotions, tandis que l'autre en est le catalyseur. C'est par l'image que tout arrive. Que ce soit le cliché que David Hemmings parvient à capter, à cristalliser dans sa caméra dans Blow up de Michelangelo Antonioni en 1967 ou les vidéocassettes que réalise James Spader dans l'excellent Sex Lies and Videotapes de Steven Soderbergh en 1988, l'œil devient caméra. Passive comme à travers les jumelles de Rear Window en 1954, L'homme qui aimait les femmes de François Truffaut ou Sliver en 1993, la caméra peut être active comme dans Peeping Tom. Son viseur, tel celui d'une arme, cible les victimes. Certains cinéastes sont également voyeurs. Citons à cet égard l'œil de Hitchcock. Rivé sur ses actrices fétiches, telles Tippi Hedren ou Grace Kelly, son regard scrute, inspecte, fouine, s'engouffre jusqu'au vertige dans leur vie intérieure. Idem pour Pedro Almodovar, avec d'abord Victoria Abril puis Penélope Cruz, qui seront sous sa caméra. Objectif ou pure subjectivité, ces cinéastes se substituent à leur caméra, et de l'ombre surgit la lumière.
Lorsque le cinéaste entreprend de dévoiler une œuvre, ne sait-il pas qu'il incite d'ores et déjà au voyeurisme? On est bien d'accord: tout cinéphile est un voyeur. C'est même le voyeur par excellence. Tapi dans le noir, affalé dans son fauteuil, il n'a même pas besoin de prendre des jumelles ou de faire un effort, les images l'envahissent. Tout est à portée de son œil, de son regard. «Je veux voir», disait Catherine Deneuve dans le film de Joanna Hadjithomas et Khalil Joreige. Voir quoi? La violence d'une guerre, l'abandon d'une population, les meurtrissures? On veut tous voir. La vie des autres, pénétrer l'intimité de l'autre et s'y fondre jusqu'à la confusion (Florian Henckel von Donnersmarck, 2006); contrôler...
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