L'entrepreneurship, un art libanais
Il y a encore peu de temps, les frères Nasr étaient propriétaires de l'un des nombreux pubs de Gemmayzé. Selon Haytham, le concept de Mybar leur serait venu après avoir été sollicités à plusieurs reprises par des personnes désireuses d'investir dans un nouveau projet. Tout s'est très vite mis en place. « Nous avons alors eu l'idée de mettre sur pied un concept unique et de recruter les futurs investisseurs par le biais des principaux réseaux sociaux », explique-t-il. Des montages vidéo sont alors effectués pour un coût minime de « quelques milliers de dollars », selon Haytham, puis sont diffusés sur YouTube. En parallèle, un site Internet est créé et des espaces publicitaires surgissent un peu partout sur Facebook, invitant les entrepreneurs en herbe à investir dans des « Barnotes » (actions) valant entre 2 000 et 20 000 dollars. Le temps que le bouche-à-oreille fasse son œuvre, les curieux ont commencé à affluer. Certains ont acheté d'un coup pour 100 000 dollars d'actions, mais les frères Nasr admettent que le procédé a tout de même pris du temps. « Beaucoup de gens se méfiaient », confient Haytham et Naël, qui ont entre-temps été rejoints au conseil d'administration par Karim Arakji (développement). La nouveauté du concept et le recours aux nouvelles technologies ont parfois joué contre eux : « Certaines personnes pensaient que nos publicités n'étaient qu'un scam, une arnaque sur Internet. » Les frères Nasr ont donc dû faire preuve de la plus grande transparence sur ces nouveaux médias, mettant régulièrement à jour les progrès de leur campagne.
Si les premiers mois n'ont permis de rassembler qu'un tiers environ du capital requis pour lancer Mybar, soit moins de 300 000 dollars, un élément déterminant a toutefois accéléré le processus : le choix final de l'emplacement. « À partir du moment où nos investisseurs ont été en mesure de voir, concrètement, le restaurant, le reste de la somme a été rassemblé en un temps record », racontent-ils. Situé en plein cœur du centre de Beyrouth, au premier étage de la tour Berytus (Park Avenue), le bar-restaurant a également fait des émules inattendues. Richard Branson, séduit par le concept, a accepté de participer au financement, face aux frères incrédules : « Nous étions tellement pressés par le temps (...) Nous n'avions que 12 heures pour mettre sur pied une présentation pour le convaincre », se remémorent-ils. Quoi qu'il en soit, leur culot a porté ses fruits. Et constitue encore une fois un brillant exemple de créativité entrepreneuriale à la libanaise.

