Pour la première fois depuis 2007, le Premier ministre a convoqué une conférence de presse, sans réunion ministérielle préalable, pour évoquer la réforme phare du quinquennat, en l'absence du chef de l'État, à Toronto pour cause de G20.
Jusque-là, seul Éric Woerth était à la manœuvre, annonçant les propositions gouvernementales et multipliant les prises de parole. Mais la donne a changé depuis l'affaire Bettencourt et son lot quotidien de révélations, qui gênent sérieusement le ministre du Travail.
Même si le Premier ministre lui a renouvelé sa « totale confiance », Éric Woerth n'était pas présent hier. François Fillon a répondu seul aux questions d'une cinquantaine de journalistes pendant une heure et quart. Le message : le gouvernement ne bougera pas sur l'essentiel de la réforme.
À part quelques ajustements possibles sur les carrières longues, la pénibilité et les polypensionnés, le report de l'âge légal de 60 à 62 ans et l'augmentation de la durée de cotisation ne sont pas négociables.
« Il ne peut être question de revenir en arrière sur ce qui est le fondement même de la réforme », a martelé le Premier ministre.
« Le gouvernement comprend les inquiétudes, écoute l'avis des Français (...) mais aucune mobilisation ne réglera le problème démographique que pose la question des retraites », a-t-il ajouté au lendemain d'une nouvelle journée de grève et manifestations beaucoup plus suivie qu'il y a un mois et ayant rassemblé jusqu'à 2 millions de personnes, selon les chiffres syndicaux.
Mais François Fillon a relativisé, affirmant que toutes les réformes précédentes, dont la sienne en 2003, avaient fait l'objet de « contestation », mais qu'aucune n'a été remise en cause, y compris par le PS, qui réclame le retrait du texte.
L'occasion pour le Premier ministre de fustiger Martine Aubry qui n'a jamais « rien » fait pour réformer les retraites alors que lui et le chef de l'État « n'esquivent pas » leurs « responsabilités » et leur « devoir ».
La réponse de l'opposition est venue vite. François Fillon a « opposé une fin de non-recevoir aux Français », il s'« entête dans une stratégie de mépris », a jugé le numéro deux du PS Harlem Désir.
Cette réforme contribue au redressement des comptes publics plombés par un déficit abyssal, soutient l'exécutif.
Le Premier ministre a rappelé les autres mesures pour ramener le déficit à 3 % du PIB en 2013, notamment le rabotage général des niches fiscales qui devrait rapporter 5 milliards d'euros entre 2011 et 2013.
Mais, a-t-il prévenu, si la croissance devait se révéler moins porteuse - prévision de 2,5 % de 2011 à 2013, contestée par Bruxelles -, ce sont 8,5 milliards qui devront être économisés.
Cette diminution des avantages fiscaux revient à « augmenter les impôts », a reconnu M. Fillon, refusant toujours de parler de « rigueur » alors que début mai, son équation était autre : « La rigueur, c'est quand on réduit les dépenses et qu'on augmente les impôts », disait-il.
Sur le gel des dépenses publiques, « il y a aura des choix difficiles à assumer », a-t-il prévenu, citant logement, défense et même éducation, mais renvoyant à la semaine prochaine pour le détail des arbitrages.
Les ministres, dont certains ont nourri des polémiques sur leurs avantages, devront montrer l'exemple avec un train de mesures annoncé « dans les prochains jours ».

