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Liban - Le Commentaire

Neutralité : Joumblatt change son fusil d’épaule

Comment peut-on être centriste et rejeter la neutralité ? C'est la question que l'opinion, comme nombre de professionnels et d'observateurs avertis aimeraient poser au député Walid Joumblatt. Avec d'autant plus de curiosité que lorsqu'il était engagé dans un camp, il était pour la neutralité, et qu'il se prononce contre elle maintenant qu'il se dit neutre !
C'est là, en réalité, un faux paradoxe, pour être honnête. Car, comme on l'aura sûrement compris, ce n'est pas de la neutralité en politique intérieure qu'il s'agit, mais de celle du Liban en politique étrangère.
Plus précisément, au sujet des conflits extérieurs. Qu'il s'agisse du dossier israélo-arabe, des querelles interarabes, ou de la lutte des axes opposant les USA au tandem Damas-Téhéran.
Pour Joumblatt, la neutralité positive était naguère « la porte d'accès à la stabilité du Liban ». Sous ce titre, il écrivait dans al-Anba', organe de son parti : « L'intégration progressive de la Résistance à l'armée nationale pour faire face à Israël est de nature à en relever considérablement les capacités de confrontation. Si cette assimilation se réalise, elle mènerait petit à petit toutes les parties politiques à admettre le principe de la neutralité positive. Afin que le Liban ne soit plus une lice, mais un État comme tous les autres de par le monde. Son territoire cesserait d'être utilisé dans les règlements de comptes régionaux ou internationaux. »
Joumblatt a retourné sa veste. En quittant le 14 Mars, sans rompre avec Saad Hariri, il s'est prononcé contre la neutralité, pour l'engagement du Liban dans les conflits régionaux et internationaux. Récemment, lors du déjeuner qu'il a donné en l'honneur de l'ambassadeur syrien, Abdel Karim Ali, il a lancé : « La neutralité est impossible. Nous devons prendre position, pour la droite ou pour la gauche, pour ou contre », précisant que « l'armement de la Résistance est important pour protéger les richesses nationales ». Bien entendu, il a été chaleureusement applaudi par le porte-parole du mouvement Amal, le député Ayoub Hmayed, et du Hezbollah, le député Mohammad Raad, qui ont repris ses thèmes.
En face, le président Amine Gemayel se bat pour la proclamation de la neutralité militaire et politique dans la redoutable phase actuelle que traverse la région. Et cela, au moins jusqu'à ce que l'État libanais ait terminé l'élaboration d'une stratégie de défense définitive. En avançant cette proposition devant le comité de dialogue national, le leader des Kataëb a promis de l'étayer par une étude approfondie sur une neutralité positive qui assurerait la stabilité du Liban sans qu'il cesse, pour autant, d'être solidaire avec la cause arabe et palestinienne face à Israël. Il a certifié son offre lors d'une conférence de presse tenue mardi.
D'autres pôles libanistes font remarquer qu'après la leçon de juillet 2006, la neutralité s'impose à l'esprit des jusqu'au-boutistes, des va-t-en-guerre eux-mêmes. L'histoire de Mariam et du Nagi el-Ali le montre, avec un ministre joumblattiste qui précise que ces bâtiments d'une flottille de la liberté, à laquelle le Hezbollah prend garde de ne pas participer directement, ne peuvent pas appareiller pour Gaza, mais pour Chypre. Qui confirme, à son tour, qu'ils ne seraient pas autorisés à voguer vers le territoire palestinien.
Neutralité forcée également, et même neutralisation, pour ce qui du vote du Liban à l'ONU au sujet des sanctions contre l'Iran. Quatorze contre quatorze : partagé entre partisans du rejet des sanctions et de l'abstention, le Conseil des ministres a décidé de ne rien décider. Résultat : le Liban, membre rotatif du Conseil de sécurité qui en compte dix autres, en sus des cinq permanents, n'a pas participé au scrutin. Et comme en arithmétique moins par plus cela donne moins, le Liban s'est abstenu, et les pro-iraniens ou prosyriens ont perdu ! Sans qu'ils s'en montrent vraiment fâchés. Car même eux sont désormais convaincus qu'il ne faut pas prendre le risque de voir ce pays détruit. Et l'on entend ainsi le Hezbollah répéter, tout en précisant qu'il riposterait immédiatement par des milliers de missiles à toute agression israélienne, qu'il ne faut donner à Israël aucun prétexte d'attaquer le Liban.
Autre argument de taille des partisans de la neutralité : toute situation, tout tableau d'alliance peut changer brusquement, sinon brutalement. Qui aurait dit que la Turquie, pivot de l'OTAN, se dresserait contre Israël ? Que ferait le Liban si l'Iran, la Syrie et la Turquie se mettaient à se regarder en chiens de faïence ? Joumblatt devrait se rappeler que son père avait intégré son parti au mouvement des non-alignés fondé à Bandung par Nehru, Nasser et Tito, un front se déclarant neutre dans l'affrontement entre le monde libre et le bloc communiste. Il devrait surtout se souvenir que c'est à cause de l'implication forcenée dans les conflits extérieurs que le Liban a failli s'engloutir, disparaître, en perdant des centaines de milliers de ses enfants, dans des guerres intestines de quinze ans, cloutées de deux invasions israéliennes et d'une occupation syrienne de quinze années supplémentaires.
Comment peut-on être centriste et rejeter la neutralité ? C'est la question que l'opinion, comme nombre de professionnels et d'observateurs avertis aimeraient poser au député Walid Joumblatt. Avec d'autant plus de curiosité que lorsqu'il était engagé dans un camp, il était pour la neutralité, et qu'il se prononce contre elle maintenant qu'il se dit neutre !C'est là, en réalité, un faux paradoxe, pour être honnête. Car, comme on l'aura sûrement compris, ce n'est pas de la neutralité en politique intérieure qu'il s'agit, mais de celle du Liban en politique étrangère.Plus précisément, au sujet des conflits extérieurs. Qu'il s'agisse du dossier israélo-arabe, des querelles interarabes,...
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