Le village de Kaodioul (150 habitants) a été le premier à ouvrir son « bois sacré », samedi, dans le département de Bignona, au nord de Ziguinchor. Le « bukut » (initiation, en diola) n'y avait pas été organisé depuis 1968. « Il a fallu que la jeune génération menace d'aller se faire initier ailleurs pour que les sages décident de réactiver le "bois sacré"! » glisse un habitant. Il était temps. Car, dans la culture diola, « un adulte non initié n'a pas le droit de participer aux concertations quand des décisions importantes doivent être prises concernant son village ou sa communauté », explique à l'AFP un des responsables de l'organisation, Bernard Badji, 63 ans.
Samedi, à Kaodioul, les novices venus aussi des villages alentour ont d'abord été purifiés dans des bains mystiques préparés par les « sages », à l'abri de huttes. Devant une foule impressionnée, des hommes déjà initiés, munis d'amulettes, ont démontré publiquement leur « invulnérabilité », assurant à chacun que les couteaux ne les blessaient pas. Puis les novices sont apparus, la tête rasée. Portant un pagne pour tout vêtement, ils se sont avancés en dansant. Leurs mères, leurs sœurs, leurs tantes avaient le droit de les accompagner, mais seulement jusqu'à l'orée du bois. Autrefois, c'est à l'occasion de cette initiation qu'était pratiquée la circoncision. À présent, les garçons diolas sont généralement circoncis, d'abord, à l'hôpital.
Mais à l'abri de la forêt, les rites, secrets, restent les mêmes. « Cette organisation sociale prépare les initiés à devenir des êtres entiers, prêts à assumer leurs responsabilités », explique le « doyen » Abba Diatta, notable de Ziguinchor, lui-même initié en 1951. « On apprend au jeune à parler sans parler, avec un bâton... Comment il doit respecter ses parents ou se comporter avec le bien d'autrui », énumère cet octogénaire. À Kaodioul, parmi les futurs initiés, on compte des médecins, ingénieurs, ouvriers, militaires, chômeurs... « Tous vont subir les mêmes épreuves physiques, acquérir le même "savoir-être" : loyauté, honneur, sens du travail et de la solidarité... » affirme M. Badji.
Le plus jeune des novices n'a que cinq ans, les plus âgés une soixantaine d'années. Quand ils sortiront du bois, une semaine plus tard, tout le village les honorera « comme des héros ». « Ils auront perdu leur indolence et leur irresponsabilité d'enfants, ils seront soudés comme s'ils sortaient d'une même matrice », assure M. Badji.
Seydou Coly, ancien du village d'Eugulaye, né dans les années 1920, relève qu'à son époque, « le "bukut" se faisait tous les 20 ou 21 ans. Mais maintenant, à cause des difficultés économiques et des problèmes pour se procurer bœufs et riz, c'est une durée de 40 ans qui sépare deux initiations ».


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