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Nos lecteurs ont la parole

La portée et la signification de l’abstention libanaise

Farès Souhaid
Ramzi Kallab
Le Liban s'est abstenu lors du vote de la résolution 1929 du Conseil de sécurité de l'ONU portant sur la reprise et l'élargissement des sanctions contre l'Iran, finalement adoptée à douze voix pour, deux contre, et une abstention. Que cette abstention ait été le fruit d'une décision et d'une prise de position libanaise aurait été une chose, qu'elle soit le résultat de l'incapacité du Conseil des ministres, réuni le 9 juin, à formuler une position claire en est une autre.
La première position aurait été celle d'un gouvernement libanais capable de gérer ses propres dossiers, capable d'assumer sa relation avec la communauté internationale, qui a par ailleurs généreusement appuyé le Liban depuis l'assassinat du Premier ministre Rafic Hariri le 14 février 2005, au travers notamment des résolutions 1757, 1701, 1559 et 1680. La seconde position, par contre, met en exergue la paralysie totale du gouvernement libanais et son incapacité à prendre en charge ses propres décisions, dans un contexte où la Syrie (i.e. les groupes ministériels de Michel Sleiman, Sleimane Frangié, etc.) et l'Iran (i.e. les groupes ministériels du Hezbollah, Michel Aoun, etc.) représentent désormais un levier de blocage dépassant le tiers des voix requis.
La première position aurait été celle d'un gouvernement libanais de majorité libanaise, au sein duquel l'Iran et consorts ne représenteraient qu'une minorité. La seconde, par contre, confirme que la composante libanaise de ce gouvernement (autoproclamé d'union nationale) partage le pouvoir sur le territoire libanais avec la Syrie et l'Iran.
La première position se serait inscrite dans l'esprit des accords de Taëf, la seconde dépasse les accords de Doha, en annulant de facto la marge de manœuvre que ceux-ci prévoyaient de donner au président de la République.
La première position aurait renforcé la crédibilité des avocats de la capacité du rapprochement saoudien avec la Syrie à initier une dissociation (pour calculée quelle soit) de la relation de cette dernière avec l'Iran. La seconde position nie toute possibilité de démarcation syro-iranienne et met en relief, une fois de plus, le « bluff » de M. Bachar el-Assad à l'égard du monde arabe et de la communauté internationale (et plus particulièrement à l'égard de la France).
Le plus inquiétant, néanmoins, sont les perspectives à court et moyen terme pour le gouvernement lui-même. La Syrie et l'Iran, ayant usé du Conseil des ministres du Liban comme boîte postale pour faire parvenir aux instances de la légalité internationale leur position de refus obstiné, se contenteront-ils de cette démarche ?
Ou alors profiteront-ils de l'escalade à laquelle fait face la région depuis la crise du Mavi Marmara pour déplacer le périmètre de confrontation à d'autres espaces libanais ?

Farès Souhaid
Ramzi Kallab
Le Liban s'est abstenu lors du vote de la résolution 1929 du Conseil de sécurité de l'ONU portant sur la reprise et l'élargissement des sanctions contre l'Iran, finalement adoptée à douze voix pour, deux contre, et une abstention. Que cette abstention ait été le fruit d'une décision et d'une prise de position libanaise aurait été une chose, qu'elle soit le résultat de l'incapacité du Conseil des ministres, réuni le 9 juin, à formuler une position claire en est une autre.La première position aurait été celle d'un gouvernement libanais capable de gérer ses propres dossiers, capable d'assumer sa relation avec la communauté internationale, qui a par ailleurs généreusement appuyé le...
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