Terry Gilliam l’ensorceleur.
événements.
Si donc la notion de temps avait été inventée par l'homme afin de régir son univers chaotique, le cinéma vient à nouveau faire voler en éclats toutes ces règles et créer une galaxie spatio-temporelle nouvelle.
La caméra devient à la fois historienne et prédicatrice, archiviste et devin. Voyageur du et dans le temps, l'homme est le seul animal pensant qui sait dès sa naissance qu'il va un jour mourir et que cette fatalité lui colle à la peau. Pour déjouer les pièges du temps, moquer l'inéluctable et renverser l'irréversible. Pour enfin tordre le cou aux aiguilles du temps, ces arrogantes machines qui s'arrêtèrent de tourner lors du naufrage du Titanic, marquant ainsi à jamais leur rôle surnaturel de témoin, le cinématographe a donc empoigné sa machine infernale et s'est mis à explorer le temps.
Lorsque le docteur Alexander Hartdegen (Guy Pearce), professeur de mathématiques et de mécanique à l'Université de Columbia et friand de découvertes, perd sa fiancée à New York, en 1895, dans Time Machine de Gore Verbinski (2002), il se hâte d'inventer un mécanisme à remonter le temps. S'il découvre que celui-ci n'est plus cette notion insaisissable, il va aussi réaliser qu'on ne peut changer le destin comme on le désire. Cette théorie sera également soutenue par deux autres films de science-fiction, Planet of the Apes et Twelve Monkeys de Terry Gilliam. Que ce soit dans l'une ou l'autre œuvre, il apparaît que le temps est une courbe immuable dont rien ne pourra modifier le cours. À la vue finale de la statue de la Liberté plantée dans le sable dans La planète des singes, Charlton Heston réalise qu'il n'est pas allé bien loin. Dans The Fountain de Darren Aronofsky (2006), Hugh Jackman traverse tous les âges et toutes les époques afin de sauver la femme qu'il aime, mais en vain. Ces réalisateurs déterministes s'opposent à d'autres qui prônent plus de liberté et imaginent que les couches du temps peuvent prendre des trajectoires différentes (Back to the Future, Terminator ou Total Recall). Ces incursions dans le passé ou dans le futur seraient rendues possibles et pourraient même changer le cours des choses comme Les visiteurs ou encore Kate and Leopold de James Mangold en 2002.
Par ailleurs, certains cinéastes ont articulé leur travail sur une autre théorie. Sur un certain effet nommé papillon. En effet, Butterfly Effect de Jay Mackye et Eric Bress en 2004 prétendait qu'on pouvait retourner dans le passé et changer quelques détails de notre vie, mais que les conséquences par la suite seraient modifiées. Comme si l'accord du temps pouvait créer des désaccords. D'autres œuvres et récits ne cessent d'explorer et de sonder les possibilités d'amalgame des espaces temporels. Ainsi, si la série télévisée 24 a créé ce concept d'ajustement de l'action avec le temps soi-disant réel, l'ancien film devenu culte Groundhog Day avec le merveilleux Bill Murray suppose par contre une durée du récit (1h43) qui ne correspond pas à la durée supposée de l'histoire (une année). Il joue avec cette durée en procédant par ellipses : moments de l'histoire non montrés dans le récit. Si la plupart des films reposent sur des ellipses qui permettent de passer rapidement d'une scène à une autre, l'originalité d'Un jour sans fin réside dans l'emploi systématique de cette figure dans un but comique. Par ailleurs, un cinéaste génial a découvert la méthode de la déconstruction. Quentin Tarantino (car c'est de lui qu'on parle) a permis que dans un film comme Pulp Fiction la linéarité n'était plus de mise. C'est sans le procédé de flash-back traditionnel (gros plan sur la figure du personnage avec retour immédiat dans le passé) que l'action fait un bond en arrière. Parfois même, l'aller-retour est possible sans aucun point de repère. Ce n'est qu'après un certain temps que toutes les pièces se mettent en place automatiquement dans l'esprit du spectateur. Comme s'il devenait lui-même son propre aiguilleur.


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