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Santé

La liberté de ne pas fumer

Ceux qui défendent la cigarette, dans l'espace public, avancent un argument quasiment unique : il s'agit pour eux des rentrées que ce poison génère pour l'État et le budget des vendeurs et restaurateurs. Mais quelles conséquences sur les frais de santé ? Comment ignorer les calculs fiables qui montrent que les profits tirés des cigarettes ne compensent nullement, en chiffres, les dépenses dues aux maladies liées au tabac ?
Ces maladies coûtent au trésor public et aux assureurs des sommes considérables et nettement supérieures aux taxes sur le tabac.
Laissons tomber le cynisme des considérations superficiellement économiques. Superficiellement parce que les maladies et cancers des poumons, des bronches, de la gorge, de la langue, de l'œsophage, même de la prostate et les maladies liées aux atteintes à l'immunité coûtent au pays plus que ce qui lui rapportent la vente et l'usage du tabac. On ne saurait trop le rappeler.
Cynisme, disions-nous ? Comment, en effet, oublier les affres de la douleur engendrée par les soins nécessités pour le traitement de ces maladies ? Mais que vaut ce que rapporte un paquet de cigarettes au regard des souffrances endurées, durant les nuits interminables ?
Questionnons directement les personnalités qui ne cessent de perturber les démarches visant à l'interdiction du tabac dans les lieux publics. Pourquoi tournez-vous le dos à tous ceux qui revendiquent le droit de ne pas fumer ? Vos efforts bloquant leurs démarches et leurs efforts cachent mal des soucis d'ordre financier.
Mais alors la liberté de ne pas vouloir fumer ne pèse pas lourd dans vos calculs ? Car la politique qui favorise les fumeurs dans l'espace public impose aux non-fumeurs qui absorbent la fumée, contre leur gré, une dose de poison équivalant à 25 % ; elle expose leur organisme non fumeur à des réactions négatives, en contradiction avec la liberté de ne pas vouloir fumer.
Il est vrai qu'une solution a été avancée par certains : celle de prévoir une zone pour non-fumeurs, par exemple, dans les restaurants. Solution trompeuse et malveillante ! La fumée de ceux que la politique favorise envahit très vite l'espace de ceux dont la liberté de ne pas fumer est occultée et sacrifiée. À l'instar des vols non-smoking dans les compagnies aériennes, il faut que les restaurants, les supermarchés, les pubs, les cafés et plus généralement l'espace public soient des zones totalement non-fumeurs. Défendre les budgets des pubs et restaurants, c'est dédaigner la santé de tous et traiter avec un mépris révoltant la santé des jeunes serveurs et des employés qui sont plongés, pendant de longues heures, dans la fumée renouvelée des consommateurs.
C'est également accuser de complicité de meurtre les propriétaires des pubs et restaurants, alors que la majorité parmi eux sont acquis à l'interdiction de la cigarette.
Sur le plan juridique, la responsabilité des dommages respiratoires, matériels, moraux et familiaux dus au tabagisme passif incombe à tous ceux qui font la sourde oreille devant les appels qui leur sont adressés. Mais ils ne peuvent pas s'en laver les mains car pour les accidents mortels, il s'agit de cas de meurtre qui seraient (si l'on devait aller à l'excès dans le sens de l'atténuation), des hypothèses de meurtres non intentionnels. Et encore ! Causer la mort de non-fumeurs tient bel et bien du meurtre.
De grâce, au nom de ceux qui souffrent pour avoir malgré eux avalé la fumée d'un tabac qu'ils condamnent, condamnons la désinvolture de ceux qui nous refusent encore une loi interdisant le tabac dans les endroits publics. Continuons à réclamer une loi qui sauve également ceux qui n'ont pas encore fumé et ne manqueront pas d'être entraînés, voire encouragés par le laxisme et la mollesse de ceux dont on attend de la fidélité à l'égard des électeurs.
La liberté de ne pas vouloir fumer est liée au droit à la protection de la santé. Ce droit engendre une obligation de garantie à la charge de l'État. Les textes internationaux l'exigent. Ils sont intégrés dans le bloc de constitutionnalité. Une loi interdisant le tabac dans les endroits publics consacre la liberté et le droit à la santé. Elle est conforme à la Constitution.

Hassãn-Tabet RIFAAT
Avocat-professeur à la faculté de droit (USJ)
Ceux qui défendent la cigarette, dans l'espace public, avancent un argument quasiment unique : il s'agit pour eux des rentrées que ce poison génère pour l'État et le budget des vendeurs et restaurateurs. Mais quelles conséquences sur les frais de santé ? Comment ignorer les calculs fiables qui montrent que les profits tirés des cigarettes ne compensent nullement, en chiffres, les dépenses dues aux maladies liées au tabac ?Ces maladies coûtent au trésor public et aux assureurs des sommes considérables et nettement supérieures aux taxes sur le tabac.Laissons tomber le cynisme des considérations superficiellement économiques. Superficiellement parce que les maladies et cancers des poumons, des bronches, de la gorge, de la...
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