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Économie - Liban - Événement

L’économie libanaise peut-elle dormir sur ses lauriers ?

Un séminaire organisé hier pour célébrer le 50e anniversaire de l'école de management Insead a été l'occasion pour de nombreux experts de se pencher sur les forces et les faiblesses de l'économie locale. Les avis étaient contrastés, mais les participants ont unanimement loué la résilience de l'économie, le talent et l'esprit d'initiative des Libanais.

À l'occasion du 50e anniversaire de l'Insead, l'association libanaise des anciens de la prestigieuse école de management a organisé hier un séminaire axé sur le thème des réalités économiques du Liban. Cet événement, qui s'est déroulé au BIEL, a été l'occasion pour de nombreux experts et représentants des secteurs public et privé de se pencher sur les forces et faiblesses de l'économie libanaise ainsi que sur l'évolution des marchés international et régional. Le gouverneur de la Banque du Liban (BDL), Riad Salamé, a ainsi brossé un tableau de l'« exception » libanaise, tandis que des spécialistes étrangers ont évoqué la forte croissance et l'innovation des marchés émergents ou encore la crise actuelle des marchés européens.
Selon Soumitra Dutta, professeur titulaire de la chaire Roland Berger « Business and Technolgoy » à l'Insead, il ne fait aucun doute que les marchés émergents, dont le Liban, sont une source d'innovation hors du commun. En effet, malgré de nombreuses contraintes sécuritaires, politiques ou matérielles, ces jeunes marchés, contrairement au continent européen profondément affecté par la récente crise grecque et la chute de l'euro, sont pleins de dynamisme. Selon lui, ces pays se sont même servis dans certains cas de ces contraintes pour les retourner à leur avantage : citant en exemple son pays natal, l'Inde, M. Dutta a évoqué le cas des microvoitures, ces véhicules de petite taille au prix très abordable. D'abord conçues en fonction du marché indien, handicapé par un bas pouvoir d'achat et une surpopulation urbaine peu favorable aux grands gabarits, ces voitures s'exportent maintenant sur les marchés européens, dont la demande, a priori inimaginable précédemment, a été boostée par la récession. En outre, non seulement les pays en voie de développement font preuve d'ingéniosité pour contourner les obstacles, mais « ils vivent déjà dans le futur », a-t-il ajouté, faisant allusion aux avancées de l'innovation technologique de ces marchés émergents, dont notamment la Chine, devenue le premier exportateur de produits électroniques au monde. La démocratisation des nouvelles technologies, l'évolution des valeurs et des attentes des jeunes font que, pour M. Dutta, le Moyen-Orient constitue autant de réserves de talent.
Au niveau du Liban, le gouverneur de la BDL s'est pour sa part félicité de la résilience de l'économie locale, qui a bénéficié d'une croissance de 9 % l'an dernier. Celle-ci devrait s'élever à près de 8 % cette année, selon M. Salamé.
Malgré la nécessité de « réduire le déficit public par l'introduction de réformes », dont la privatisation de l'Électricité du Liban (EDL), il a en effet estimé que la situation était satisfaisante à plusieurs égards. Certes, « l'environnement est devenu plus difficile, en raison de la crise en Europe », a-t-il souligné, même si le déclin de l'euro a bénéficié à l'économie libanaise jusqu'à présent (près du tiers des importations totales proviennent d'Europe). M. Salamé a noté à cet égard que la crise risquait d'affecter les exportations libanaises, ou toute activité implantée à l'étranger. « Mais nous encouragerons les marchés à utiliser la devise nationale pour ne pas importer de crise au pays », a-t-il déclaré.
Le gouverneur de la BDL a souligné en parallèle qu'un des objectifs primaires de la Banque centrale était de contrôler l'excès de liquidités sur le marché local, afin d'en limiter les effets inflationnistes, estimant à 4 % la hausse des prix en 2010.
Selon M. Salamé, une grande partie de ces liquidités devra en outre être investie sur le marché local, au vu de l'augmentation du risque souverain dans les pays européens et à travers le monde.
Évoquant, par ailleurs, le boom immobilier, encouragé par des taux d'intérêt relativement bas, propres aux prêts au logement (5 à 6 %), il a catégoriquement réfuté la possibilité de l'éclatement de la bulle immobilière, affirmant que les crédits accordés aux entrepreneurs dans le secteur de la construction ne représentaient que 16 % du total des crédits commerciaux et que les prêts logement ne comptaient que pour 9,2 % de l'ensemble des crédits à la consommation.

Le Liban souffre toujours de nombreuses failles
Encore faudrait-il que les mêmes notions et opinions soient partagées par tous, ce dont le fondateur et PDG de la firme Consulting and Development Services (CDS), Georges Hatem, n'a pas semblé convaincu. En effet, lors de son intervention portant sur le Liban, ce dernier s'est livré à un démontage en règle de l'ensemble des stratégies et des politiques en vigueur. Fortement critique du système en place, il a déclaré que l' « économie bénéficie d'une bonne croissance, certes. Mais cette manne est très volatile. Une seule bombe pourrait anéantir le secteur touristique ou le secteur financier », rappelant que la croissance du produit intérieur brut (PIB) avait chuté en 2006 à 0,6 %, en raison de la guerre de juillet, contre 7,1 % en 2004.
Au niveau des autres secteurs économiques du pays, le bilan était également très sombre, avec une croissance négative pour l'agriculture, négligée depuis les années 70. M. Hatem a rappelé à ce sujet les résultats d'une étude élaborée par le Centre de recherches agricoles (Creal), selon laquelle la production agricole au Liban a reculé de 12 % entre 1970 et 2008, contre une croissance de 562 % et de 436 % pour l'Union européenne et les États-Unis respectivement. Il a également noté que « les budgets des gouvernements d'après-guerre ont toujours été dans le rouge ».
Concernant les handicaps du secteur public, M. Hatem a signalé que le déficit de l'EDL, l'inefficacité du secteur des télécommunications ou les lacunes du réseau routier étaient autant de facteurs handicapants pour le développement du pays.
Le PDG de CDS a dénoncé en outre la lenteur administrative qui entrave, selon lui, la prolifération d'entreprises. À cet égard, en termes de facilité de création d'une entreprise, il a rappelé que le Liban était 101e sur 183 pays au classement 2010 du rapport de la Banque mondiale (BM) Doing Business. Enfin, le bilan social de M. Hatem n'était guère plus positif, avec le tiers des travailleurs (35 %) touchant moins que le seuil minimum fixé par l'État, 70 % des salariés non couverts pas l'assurance-maladie, et 28 % des Libanais vivant sous le seuil de pauvreté, selon un rapport du Fonds monétaire international (FMI) datant de 2005. Alors, en dépit d'une situation dépeinte de manière plutôt négative et un avenir incertain, selon M. Hatem, qui a également déploré la corruption au sein de l'État, le chômage et l'émigration, quel avenir pour le pays du Cèdre ?
Selon le PDG de CDS, l'avenir réside « dans la résilience des Libanais et leur individualisme, qui en ont fait des battants et des citoyens du monde. Alors que leur propre pays peine à s'ouvrir à la mondialisation, eux se sont déjà adaptés depuis longtemps. Éparpillée dans le monde entier, la diaspora connaît un nombre élevé d'entrepreneurs qui ont réussi, et un nombre quatre fois plus élevé de milliardaires que les autres nationalités. En dépit de l'absence d'un environnement favorable au pays, des divisions, du népotisme et du clientélisme, les Libanais prospèrent, et continueront de prospérer », a-t-il conclu sur une note plutôt positive.
Un séminaire organisé hier pour célébrer le 50e anniversaire de l'école de management Insead a été l'occasion pour de nombreux experts de se pencher sur les forces et les faiblesses de l'économie locale. Les avis étaient contrastés, mais les participants ont unanimement loué la résilience de l'économie, le talent et l'esprit d'initiative des Libanais.À l'occasion du 50e anniversaire de l'Insead, l'association libanaise des anciens de la prestigieuse école de management a organisé hier un séminaire axé sur le thème des réalités économiques du Liban. Cet événement, qui s'est déroulé au BIEL, a été l'occasion pour de nombreux experts et...
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