En fait, tout parcours du combattant est semé d'embûches et de leurres qui peuvent en retarder l'accomplissement. Ainsi, trompée par les assurances de ses fidèles qui se disaient certains de l'emporter haut la main sur le 14 Mars, la Syrie s'était payé le luxe de ne pas intervenir dans les législatives de 2009. Ni au Nord ni dans la Békaa, régions frontalières où son influence pèse naturellement lourd, en toutes circonstances. Elle montrait de la sorte patte blanche et faisait risette, à ces Français qui, en échange, l'aidaient à sortir de son isolement international. Ainsi qu'aux Saoudiens dont elle voulait se rapprocher. Mais, comme on sait, ce sont les loyalistes qui ont gagné la majorité parlementaire. Dès lors, il n'était plus possible de faire mainmise derechef directement sur le pouvoir libanais. Et la Syrie a dû se contenter de le contrôler par défaut. En imposant à Doha, par le biais de la menace des armes du Hezbollah tournées contre l'intérieur le 7 mai, la formule paralysante d'un cabinet dit d'union nationale. C'est-à-dire en gommant le système de démocratie parlementaire, qui édicte la présence d'une majorité qui gouverne et d'une minorité qui s'oppose. Et si l'on a passé outre la question conflictuelle du tiers de blocage, c'est en réalité pour mieux ligoter l'État de droit libanais. Du moment que la majorité a été forcée d'accepter cette règle anticonstitutionnelle qui veut que toute décision importante ne puisse être prise, en Conseil des ministres, qu'à l'amiable, sans recours au vote. Le seul droit qui ait été laissé aux vainqueurs des législatives est que cela soit l'un de leurs pôles, Saad Hariri, qui dirige le gouvernement. Le fameux blocage, on s'y est heurté pour les nominations, pour la formation du Conseil constitutionnel, et il pointe maintenant son nez sur l'importante question du budget. Sans oublier que les ministres prosyriens ont refilé habilement la patate chaude de la réforme du code électoral des municipales à la Chambre, où le projet Baroud traîne en longueur.
Le Parlement et Joumblatt...
Le contrôle direct plutôt que par défaut, la Syrie continue à y travailler. Elle tente donc d'inverser la donne numérique au Parlement, pour que le 8 Mars y devienne majoritaire. En misant, notamment, sur la défection de Walid Joumblatt. Mais il ne s'est pas encore résolu, après son repositionnement au centre, à changer carrément de camp. Car, sur les 11 membres de son bloc parlementaire, 6 n'appartiennent pas à son parti et ne veulent absolument pas rompre les ponts avec le 14 Mars.
Il reste que la Syrie a fait, au stade actuel, au moins la moitié du chemin. Elle peut se prévaloir du soutien ouvert de la moitié des Libanais, dont la quasi-totalité des chiites et, aujourd'hui, des druzes, ainsi que la moitié des chrétiens. Tandis que, comme en attestent les relances fréquentes de Hariri à Damas, les sunnites ne lui sont plus obstinément hostiles. Il y a donc pour elle une moitié facile du contrôle effectif du pouvoir libanais. Sinon plus, car comme on le constate lors de tout marchandage, le 8 Mars, non content d'empêcher le 14 Mars de décider, ou d'obtenir, parvient à lui imposer ses revendications.
La Syrie et ses alliés ont donc désormais de bonnes raisons d'espérer remporter la palme lors des législatives de 2013. Mais, avec l'armement du Hezbollah, bien des choses graves peuvent se produire d'ici là, et toute spéculation politique en devient fantaisiste. Sans compter que, comme on l'a vu en 2005 avec la coalition « impensable » des Quatre (Amal, le Hezbollah, le Courant du futur et le PSP), les alliances électorales sont bien plus sujettes à des calculs de prosaïques qu'à des considérations de lignes générales ou d'idéologie.

