Un mérite secondaire mais gratifiant de la décision en question (que la conversation mit en exergue) était le fait que le caractère constructif de l'événement semblait aussi concilier le pays du Cèdre avec le généreux mouvement du mondialisme qui voudrait voir l'humanité réunie en une communauté unique et solidaire sur tous les plans.
Ce courant n'a rien à faire avec la mondialisation dont le but principal semble être de sauvegarder l'enrichissement ininterrompu des compagnies multinationales qui en constituent la colonne vertébrale.
Un autre point revu lors de la conversation concernait des opinions exprimées par des intellectuels libanais et qui sont en parfaite harmonie avec la décision avant-gardiste prise par notre Conseil des ministres. À ce propos, on peut citer, entre autres, les nombreux écrits d'Antoine Messarra, membre du Conseil constitutionnel libanais et du conseil consultatif de la Fondation Anna Lindh pour le dialogue entre les cultures ainsi que la perspective d'un Liban « kaléidoscope des ethnies et des religions » évoquée en septembre dernier par Wassim Henoud.
Un regard critique lancé sur ce qui précède (et sur la question des religions en général) nous mènerait à reconnaître que certaines idées mériteraient bien qu'on s'y attarde, telles que (a) le mot de Gandhi qui soutenait que « la personne qui arrive à comprendre l'âme de sa propre religion atteint inexorablement la substance de toutes les religions » ou (b) la conclusion encore plus radicale de G. B. Shaw : « There is only one religion and a hundred versions of it. »
Une toute autre supputation, (c) celle du Scandinave Emanuel Swedenborg, lequel soutient, toutefois, que « Dieu est la conscience dans le cœur des hommes ». Or la conscience est une abstraction constituée de la quintessence de toutes les valeurs. Serait-il, par conséquent, permis de conclure que dieu est la quintessence des valeurs, sachant qu'une telle définition pourrait paraître comme porteuse d'une fragrance temporelle qui manquerait d'attrait aux yeux de ceux, parmi nous, qui ont l'habitude de voir la vie (ainsi que, nécessairement, l'au-delà) à travers des prismes d'une constitution bien plus sophistiquée et plus complexe ?
Mais terminons donc avec (d) la traduction d'un beau poème du grand sage du soufisme, Muhyiddine ibn-Arabi (1165-1240). Un poème d'un œcuménisme magnanime et sans réserve, glorifiant toutes les croyances et se terminant par l'équivalent d'un aveu rassemblant la foi et l'amour :
dont la religion différait de la mienne.
Aujourd'hui, mon cœur est ouvert à toutes les félicités :
pâturage pour cerfs ou couvent pour moines,
temple pour païens ou la Kaaba de Ta'ef,
les tables de la Torah ou les versets du Coran.
Car ma religion est faite d'amour
sans égard pour son orientation
et l'amour est ma loi
et l'amour est ma foi. »
Premier conseiller près de l'Unicef

