Depuis quelques semaines, le Liban, qui n'a jamais participé à un Mondial, est pris de fièvre. Les drapeaux des nations du ballon rond se vendent par dizaines de milliers, et ne pas choisir son favori, à moins de trois semaines du coup d'envoi du Mondial en Afrique du Sud, peut paraître plus saugrenu que de ne pas afficher son parti pris politique.
La règle du jeu consiste - pour le moins - à coincer un petit drapeau dans une des vitres de son véhicule, une mode qui donne à Beyrouth l'image d'un incessant ballet diplomatique, espagnol, français, anglais ou encore italien.
Mais dans la capitale, comme à Bteghrine, ce sont deux autres grandes nations du football - les plus titrées à l'échelle mondiale - qui tiennent le haut de l'affiche : le Brésil et l'Allemagne.
« Ce secteur entier est pour l'Allemagne », indique fièrement Élie Saliba, 24 ans, qui a recouvert la façade de la maison familiale d'un immense drapeau.
Bteghrine, village tranquille situé au nord-est de Beyrouth, sur les pentes du Mont-Liban, est concrètement coupé en deux, fans de la Seleçao contre inconditionnels de la Mannschaft.
« L'enthousiasme est débordant. C'est partout, et le football c'est bien mieux que la politique », note le jeune homme.
Cette dernière remarque constitue un rare point d'accord entre supporteurs, dans un pays toujours traumatisé par les années de guerre civile (1975-90).
Selon Michel Murr, qui appuie le Brésil, « durant la Coupe du monde, la pire des compétitions consiste à déterminer qui va brandir le plus gros drapeau ou organiser le plus important cortège de voitures. Et à la fin, nous sommes toujours amis. »
Scènes étonnantes
Mosaïque confessionnelle, le Liban échappe là aux réflexes communautaires, et le soutien à une sélection se fait sur des critères plus variés.
« C'est une question de sentiment et de patriotisme », explique Michel Murr, qui relève que le Brésil est le pays comptant la plus large communauté libanaise au monde avec huit millions de personnes issues de la diaspora, soit le double de la population du Liban.
Cet enthousiasme provoque parfois des scènes étonnantes, comme dans une usine d'Ouzaï, fief du Hezbollah chiite au sud de Beyrouth, où l'on fabrique, entre autres, à la chaîne des drapeaux... américains.
Le mouvement chiite, pilier de la minorité libanaise et bête noire d'Israël, est considéré comme une organisation terroriste par les États-Unis.
« J'ai dit à mon mari que je ne le toucherai pas (le drapeau américain, NDLR) et je ne veux pas savoir si on en vend ou pas », prévient Dalal Moughnieh, à la tête de cette société à pied d'œuvre depuis « quatre mois » et qui produit quelque 10 000 unités par jour. Le commerce autour des drapeaux est florissant, comme le prouvent aussi les innombrables stands ayant fait leur apparition sur le bord des routes.
Élie Saliba n'a pas hésité à débourser 100 dollars pour s'offrir le sien, qui, avec ses 10 mètres de long, est encore loin de rivaliser avec le plus massif - un brésilien toujours - de quelque 120 mètres.
À partir du 11 juin, la fête devrait être totale : un « Fan Park » de 2 500 places, où seront diffusées les rencontres, est en cours d'installation en ville.
Et un tournoi de football entre fans est programmé, une rare occasion pour les Libanais d'assister à des rencontres dans un pays où les compétitions locales se disputent à huis clos par peur des violences.


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