Cette sage observation, les Libanais devraient y revenir. Pour s'accorder d'abord sur la nécessité d'apporter une réponse enfin unie à cette volée de questions vitales : comment se protéger face à l'ennemi israélien ? Comment prévenir une agression d'envergure de sa part ? Mais aussi, comment se mettre à l'abri des suites d'une éventuelle offensive contre tout autre État de la région, qui mettrait notre propre pays à feu et à sang ?
Malheureusement, les Libanais sont gravement divisés sur le problème de la protection nationale. Certains affirment qu'il faut doter l'armée et les FSI d'un armement sophistiqué, afin qu'avec le soutien de la résistance islamique qu'anime le Hezbollah, elles deviennent à même de dissuader un ennemi qui ne comprend que le langage de la force. Comme le prouve le fait patent que sous les coups qui lui ont été portés par la Résistance, soutenue par la population et par les réguliers, il a finalement préféré se retirer du Liban-Sud, occupé durant vingt-deux ans. Selon ces partisans du muscle bien montré, qui oublient cependant les cas de l'Égypte et de la Jordanie, les Arabes qui ont voulu négocier avec Israël n'ont jamais pu récupérer un seul pouce de leurs territoires occupés. Il est vrai qu'en ce qui concerne les Palestiniens, ils voient Israël rogner Jérusalem-Est et annexer progressivement le peu de territoires qui leur reste en Cisjordanie. De plus, tout ce que l'État hébreu accepterait de leur concéder, sous le faux label d'État, ce serait une entité administrativement autonome, mais sans armée. Quant à la Syrie, son rêve de récupérer le Golan s'est évanoui à la mort du négociateur israélien Rabin qui, du reste, ne voulait pas céder la rive orientale du lac de Tibériade, ce qui avait empêché la conclusion d'un accord. Partant de là, les tenants de cette thèse affirment que le Liban, partie intégrante centrale d'une région conflictuelle, ne peut pas espérer qu'on le laisse tranquille et qu'on l'autorise à exercer un quelconque droit de neutralité, ni sur le plan politique ni sur le plan militaire.
Mais d'autres Libanais relèvent que l'on aurait beau doter l'armée et les forces de sécurité d'armements sophistiqués, elles ne parviendraient jamais à rivaliser avec la puissance israélienne. Et ne pourraient ni libérer les enclaves encore occupées ni empêcher la quasi-destruction du pays en cas de nouvelle guerre. Ils soulignent que les Arabes tous ensemble savent que militairement ils ne peuvent rien contre Israël et qu'ils ne peuvent récupérer leurs territoires que par la négociation. Ajoutant que la Résistance constitue certes un instrument de dissuasion, du reste relatif, mais ne peut prétendre battre Israël en cas de guerre, ni même reprendre par la force les enclaves encore occupées. Les missiles du Hezbollah, poursuivent-ils, peuvent sans doute causer des préjudices en Israël en cas de confrontation, mais le bilan des pertes que le Liban subirait serait infiniment plus élevé, comme on en a eu un avant-goût terriblement amer en juillet 2006. Au point que tout en revendiquant une « victoire divine », après la promulgation de la 1701, Hassan Nasrallah avouait que s'il s'était douté que la réaction israélienne aurait été si destructrice, il n'aurait pas laissé ses combattants capturer les deux soldats israéliens. Toujours pour ce qui est de la Résistance, ces Libanais relèvent que, tout au mieux, peut-elle porter son nom, faire face et empêcher l'ennemi de tout balayer. Mais elle ne peut, comme on le voit avec les Palestiniens, ni libérer des territoires ni même prévenir des agressions. Pour eux, si Israël a fini par se retirer du Liban-Sud, afin de limiter les dégâts, c'est surtout parce qu'il n'a jamais ambitionné d'annexer ce territoire, comme il peut le faire en Palestine.

