Un « rouge » exhibe son cocktail Molotov. Fayaz Kabli/Reuters
Les « chemises rouges » avaient auparavant accepté une proposition du président du Sénat thaïlandais, Prasobsuk Boondej, de servir de médiateur en cas de négociations.
Le vice-Premier ministre Suthep Thaugsuban a quant à lui rejeté l'hypothèse d'un cessez-le-feu réclamé par les « rouges ». C'est « un non-sens », a-t-il affirmé, ajoutant que « les responsables de la sécurité ne tirent pas sur les civils ». « Ceux qui tirent sont des terroristes. » De nombreux incidents ont pourtant opposé des manifestants armés de frondes, de cocktails Molotov et de pétards, à des militaires autorisés à faire usage de balles réelles. Amnesty International a d'ailleurs accusé des militaires d'avoir « tiré à balles réelles sur des personnes (...) qui ne représentaient aucun danger pour les soldats ou pour les autres ». Le pouvoir a estimé à plus de 2 000 le nombre de manifestants actifs à l'extérieur du camp, et environ 5 000 ceux qui ont ignoré lundi l'ordre de partir.
Les opérations pour évacuer le quartier « vont continuer », mais « l'opinion doit être patiente car elles prendront du temps », a averti le porte-parole du gouvernement, Panitan Wattanayagorn. « Les autorités vont essayer d'éviter la confrontation » et de « minimiser » d'éventuelles pertes humaines, selon lui. La police a annoncé son intention d'interpeller cinq chefs « rouges » s'ils sortaient du camp. Le pouvoir a également interdit de transactions financières 37 individus et sociétés, soupçonnés de financer le mouvement.
Les discussions sont rompues depuis jeudi dernier lorsque le Premier ministre Abhisit Vejjajiva a annulé sa proposition d'organiser des élections anticipées à la mi-novembre, exaspéré par les exigences sans cesse plus élevées des « rouges ». Les deux camps doivent « mettre de côté leur fierté et la politique pour le bien du peuple thaïlandais », a exhorté Navi Pillay, haut-commissaire pour les Droits de l'homme de l'ONU.
Les affrontements ont baissé d'intensité après quatre jours de guérilla urbaine. Des colonnes de fumée noire dans le ciel de la capitale ont témoigné d'une tension persistante. Mais aucune confrontation majeure n'a été constatée autour du quartier contrôlé par les opposants.
La crise perturbe de plus en plus la vie quotidienne des 12 millions d'habitants de la capitale, désormais invités à rester chez eux jusqu'à la fin de la semaine, déclarée fériée. Les écoles publiques et les administrations vont rester fermées. Depuis le début de la crise à la mi-mars, 68 personnes ont été tuées et environ 1 700 blessées. Tous les morts sont des civils à l'exception d'un soldat et d'un général rebelle, Khattiya Sawasdipol, décédé lundi après avoir reçu une balle en pleine tête.
Les manifestants, qui ont délaissé leurs chemises rouges distinctives pour ne plus être aisément repérés, portent désormais un brassard noir en hommage aux victimes.

