Henry I. Miller a fait des recherches dans le domaine de la grippe. Il est médecin, biologiste moléculaire et membre de l’institution Hoover de l’Université de Stanford et du Competitive Enterprise Institute. Il a été haut fonctionnaire de 1977 à 1994.
À plusieurs reprises, l'OMS a fait fi de l'avertissement de Sherlock Holmes :« Tirer des conclusions avant d'avoir tous les éléments est une faute capitale. » L'alerte à la pandémie était doublement étrange, car la grippe saisonnière ordinaire fait chaque année beaucoup plus de victimes dans le monde que le virus H1N1 qui est peu virulent et elle répond parfaitement à la définition d'une pandémie selon l'OMS : une maladie infectieuse qui couvre une zone géographique importante et affecte une grande partie de la population.
Paradoxalement, la grippe porcine apparue il y a neuf mois a eu un rôle positif en termes de santé publique, parce qu'elle semble avoir entraîné la disparition des souches de grippe saisonnière bien plus virulentes et dangereuses - ou au moins de les avoir supplantées. Durant la deuxième semaine de janvier, 3,7 % des Américains étaient atteints par la grippe saisonnière, alors qu'ils étaient 11,5 % un an auparavant. Selon les chiffres officiels, le virus H1N1 est responsable de la mort de 14 000 personnes, alors que la grippe saisonnière tue en moyenne 36 000 personnes chaque année aux États-Unis et des centaines de milliers d'autres dans le reste du monde.
La plupart des spécialistes de la grippe et des experts en santé publique estiment que l'OMS a été trop alarmiste. En avril 2009, la décision d'élever l'alerte de la menace grippale à l'avant-dernier niveau, la phase 5 (pandémie imminente), allait bien au-delà de ce qu'indiquaient les données. Aussi le passage à la phase 6 en juin a montré que le paradigme de l'organisation était fondamentalement erroné. Un système d'alerte basé uniquement sur l'aire de diffusion géographique du virus, sans prendre en considération la nature et la sévérité de la pathologie qu'il engendre, amène à classer parmi les pandémies non seulement la grippe saisonnière, mais aussi les petites épidémies sans gravité de rhumes ou de gastro-entérite provoquées par des virus (l'OMS n'a d'ailleurs jamais expliqué en quoi ces exemples évidents ne vérifient pas son critère).
Du fait des fausses alertes, les avertissements de l'OMS quant à des pandémies imminentes perdent leur crédibilité, ce qui est lourd de conséquences. Ainsi que l'a souligné Jack Fisher, un professeur de chirurgie de l'Université de Californie, à San Diego : « Si l'OMS continue à crier au loup, à l'automne prochain ses directives relatives à la vaccination contre la grippe seront sans doute moins suivies. Pire encore, imaginons ce qui pourrait se produire si arrivait une souche de virus réellement dangereuse, comme le virus H5N1 de la grippe aviaire (dont le taux de mortalité est 100 fois plus élevé que celui du H1N1), facilement transmissible entre les êtres humains. »
Les fausses alertes de l'OMS ont également eu des effets négatifs à court terme. Selon Matthew Hingerty, directeur de l'Office du tourisme australien (Australia's Tourism Export Council), le pays a perdu des milliers de touristes en raison de la déclaration de l'état de pandémie par l'OMS. En Égypte, les responsables de la santé publique ont surréagi en ordonnant le massacre de tous les cochons du pays. Non seulement cela a constitué une perte sur le plan économique, mais le nombre de rats a atteint un niveau inquiétant dans les rues du Caire, les cochons n'étant plus là pour manger les détritus.
La publicité qui a entouré l'annonce du passage aux niveaux d'alerte 5 et 6 par l'OMS et la panique que cela a provoqué - notamment en l'absence (jusqu'en décembre) de vaccin disponible à grande échelle - ont suscité l'apparition de charlatans qui vendaient toutes sortes de protections inefficaces et parfois dangereuses, et de remèdes bidons : gants, masques, suppléments diététiques, shampooing, désinfectant nasal et un spray supposé recouvrir les mains d'une « couche d'argent ionique » antimicrobien. Pour toutes ces raisons, la déclaration de pandémie ne doit pas être une prévision, mais un état des lieux en temps réel.
L'OMS a été fort critiquée pour son action : ainsi l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe a annoncé le 12 janvier son intention de débattre des « fausses pandémies, une menace pour la santé » à la fin de ce mois. Néanmoins, les responsables de l'OMS continuent à vouloir justifier leurs actions. Lors d'une conférence de presse le 14 janvier, Keiji Fukuda, le conseiller spécial du directeur général de l'OMS pour la pandémie de grippe, a déclaré que l'organisation n'a pas exagéré les risques, mais s'est « préparée au pire tout en espérant l'éviter ».
Les décisions contestables de l'OMS montrent que ses responsables sont soit trop rigides, soit incompétents, soit les deux, pour apporter les modifications voulues au système d'alerte de pandémie - ce qui ne surprend plus d'une organisation critiquable sur le plan scientifique, arrogante et qui n'a de compte à rendre à personne. Elle est peut-être capable d'effectuer une surveillance sanitaire sur le plan mondial, mais son rôle politique doit être considérablement réduit.
© Project Syndicate. Traduit de l'anglais par Patrice Horovitz.


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