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Liban - Palestiniens Hors Camps

Les hommes de Jibril s’entre-tuent dans la Békaa

Les blindés de l’armée se dirigeant vers la zone d’affrontements.Photo Danielle Khayat

C'est le premier incident du genre. Le premier également qui oppose des éléments armés appartenant à une même faction, le Front populaire de la libération de la Palestine-Commandement général (FPLP-CG) d'Ahmad Jibril, un groupuscule basé dans les confins de la Békaa et connu pour ses liens privilégiés avec la Syrie. L'incident aurait éclaté après la désignation par le commandement du groupuscule en Syrie de Khodr Fathi Abdellatif, qui devait remplacer Doreid Chaabane, évincé du commandement de Koussaya ainsi que trois autres membres, Abou Chadi, Abou Hussein et Abou Arab. Une décision qui a provoqué une insurrection de la part de Doreid Chaabane, lequel s'est rebiffé contre cette nomination, initiant un soulèvement armé qui s'est soldé par un mort et plusieurs blessés.
Après plusieurs heures d'affrontements à l'arme automatique et à la roquette, les habitants du village de Faour, situé à quelque 2 kilomètres de la base militaire palestinienne, reprenaient leur souffle. Ils venaient de vivre un épisode de terreur provoqué par leurs voisins palestiniens, un événement qu'ils qualifient unanimement de « totalement inédit ».
Si la cause des accrochages peut être attribuée à une querelle de pouvoir au sein de cette organisation dont les membres sont armés jusqu'aux dents, le timing est on ne peut plus surprenant, au lendemain du report de la visite du Premier ministre Saad Hariri en Syrie, pays qui contrôle et manipule à sa guise la carte du FPLP-CG. Cette organisation, rappelons-le, devait être en tête des priorités lors d'une précédente réunion de la table de dialogue, dont les participants avaient à l'unanimité insisté sur le désarmement des milices se trouvant hors des douze camps officiels de réfugiés palestiniens. Depuis, rien n'a bougé.
Réveillés dès les premières heures du matin par le bruit des roquettes qui sillonnaient le ciel entre Koussaya et Aïn el-Bayda, les habitants du village adjacent, Faour, ont pu assister au règlement de comptes qui se déroulait sous leurs yeux. Répartis entre la colline de Koussaya et celle de Aïn el-Bayda, les membres du FPLP-CG, qui vivent pratiquement dans le ventre de ces collines où ils ont creusé des cavernes, se seraient vraisemblablement scindés en deux groupes, menant leurs combats à proximité de plusieurs villages. Ce n'est qu'après l'intervention de responsables du groupuscule basés à Damas que Doreid Chaabane a fini par se rendre aux services de renseignements de l'armée libanaise, qui ont également intercepté quatre autres cadres rebelles. Des informations ont fait état de plusieurs insurgés qui se seraient réfugiés en Syrie.
Les accrochages ont été d'une violence telle que la tension a gagné tous les villages environnants et provoqué une mobilisation dans les rangs d'une autre base militaire, celle de Hechmoch, à Deir Ghazal.
Sitôt l'incident circonscrit, la valse des versions relatant les causes de l'accrochage a commencé. Interrogé, le porte-parole du groupuscule, Anouar Raja, a accusé le directeur des services de renseignements des FSI, le colonel Wissam el-Hassan, d'avoir contrevenu aux termes de l'accord conclu à la table de dialogue. Il l'a également rendu responsable d'avoir envoyé ses hommes pour provoquer cette bataille. La réplique n'a pas tardé. Dans un communiqué virulent, les FSI ont formellement démenti ces allégations, soulignant que ce qui s'est passé dans cette localité « n'est rien d'autre qu'une tentative de contrôler l'un des sites du FPLP-CG, proche du village de Kfarzabad ».
Le communiqué reprend la version de la rébellion lancée par Doreid Chaabane, selon laquelle ce dernier s'est rendu aux services de renseignements de l'armée libanaise, alors que quatre autres, deux Libanais et deux Palestiniens, ont été arrêtés.
En soirée, une réunion devait regrouper les factions rivales à Aïn el-Bayda, sous la houlette d'un cadre du FPLP-CG, Abou Ramez Moustapha, pour tenter de prévenir d'autres affrontements.
Témoin des premiers moments de l'incident, un Libanais nommé Omar raconte comment vers 9 heures du matin une Jeep avait intercepté par surprise quatre des membres de l'organisation « qui ont été immédiatement désarmés et contraints à s'agenouiller ».
« La réponse est immédiatement venue à partir de la colline de Koussaya, d'où plusieurs roquettes ont été tirées sur Aïn el-Bayda. La confusion était alors totale », dit-il.
« Pris de panique, nous avons été contraints à quitter nos maisons. Nous avons rejoint la rue principale, pour essayer d'éviter les balles perdues », confie à son tour Saïdé, dont la résidence donne immédiatement sur le champ de bataille. De chez elle, elle peut voir les lance-roquettes tirer et les hommes armés faisant la patrouille tout autour de la colline de Aïn el-Bayda. Extrêmement prudents, les aînés du village mesurent leurs mots et affirment devant la presse « n'avoir jamais été ennuyés par les milices d'en face ». Mais les langues se sont vite déliées, et le ressentiment des plus jeunes, notamment, était prégnant.
« Tout ce que nous voulons, c'est qu'ils partent d'ici. Il faut que l'armée s'impose, et seulement l'armée », confie Imad qui se plaint du fait que ces milices « font la loi dans l'entourage », en imposant aux fermiers et agriculteurs une ligne rouge à ne pas dépasser lorsqu'ils cultivent leurs terrains ou font paître leurs moutons.
Une sexagénaire raconte d'ailleurs comment son fils et son frère, qui gardaient leur troupeau de moutons, ont été interceptés par les milices du FPLP-CG qui les ont sérieusement tabassés après leur avoir subtilisé un mouton et prévenus qu'ils ne pouvaient pas s'approcher de leur colline. « Traumatisé, mon fils a vendu ses moutons et se retrouve depuis au chômage », raconte la mère. L'imam du village se dépêche pour se plaindre à son tour, montrant du doigt la mosquée qui a été partiellement endommagée lors de l'agression israélienne contre le Liban en 2006, ainsi que plusieurs maisons adjacentes, « à cause de la présence du FPLP-CG dans la localité ».
Une plaie, qui risque de devenir béante, a été entrouverte hier par ces heurts interpalestiniens. Le courroux des populations locales, qui voient d'un mauvais œil la présence de ces milices dans leur entourage immédiat, a atteint hier un pic dangereux. Reste à savoir si l'État saura suivre sérieusement ce dossier explosif, maintenant que la sonnette d'alarme a été tirée.
C'est le premier incident du genre. Le premier également qui oppose des éléments armés appartenant à une même faction, le Front populaire de la libération de la Palestine-Commandement général (FPLP-CG) d'Ahmad Jibril, un groupuscule basé dans les confins de la Békaa et connu pour ses liens privilégiés avec la Syrie. L'incident aurait éclaté après la désignation par le commandement du groupuscule en Syrie de Khodr Fathi Abdellatif, qui devait remplacer Doreid Chaabane, évincé du commandement de Koussaya ainsi que trois autres membres, Abou Chadi, Abou Hussein et Abou Arab. Une décision qui a provoqué une insurrection de la part de Doreid Chaabane, lequel s'est rebiffé contre cette...
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