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Liban - Rencontre

Dialogue intercommunautaire dans les écoles pour initier les jeunes à la coexistence

Le jeudi 25 mars, jour de la fête de l'Annonciation, le Collège des Saints-Cœurs de Kfarhabab est plus calme qu'à l'ordinaire. Les classes sont vides, les cours de récréation également, à l'exception d'un petit terrain de basket situé juste à côté de l'église, un peu en retrait.

Les responsables des deux écoles, de gauche à droite : frère Georges Badran, Renée Slaiby, Maya Mourad, Pascal Mesthi, Élie Saba, Toni Maarkech, sœur Hiyam Abou Jaoudé, Katia Hallal, Toni Bejjani.

Sur ce terrain, l'ambiance est tout autre. Un groupe d'élèves dispute un match de foot sous les encouragements enthousiastes des spectateurs, d'autres assis sur les gradins écoutent de la musique à plein volume sur leurs téléphones portables, et d'autres encore jouent du tambour, ou plutôt battent du tambour, couvrant à peine les conversations animées, les cris des supporters ou ceux des joueurs. En somme, l'ambiance normale de toute cour de récré qui se respecte. Mais, en y regardant de plus près, les jeunes ne portent pas tous l'uniforme vert et blanc du collège ; certains arborent un style plus décontracté et des couleurs plus variées. C'est bien le seul élément qui distingue les élèves de 4e du Collège des Saints-Cœurs de Kfarhabab, école catholique, et ceux du Collège des Saints-Cœurs de Haykaliyé, majoritairement sunnite. Sur ce terrain de basket où sont réunis des jeunes de communautés et de confessions différentes, la religion n'est plus qu'un détail laissé sur le banc de touche.
Derrière cette rencontre interscolaire se cache un projet beaucoup plus large qui réunit les classes de 4e de cinq écoles libanaises de confessions différentes : le Collège des Saints-Cœurs de Kfarhabab, le Lycée Kawthar de Dahyé, le Shouf National College de Baakline, le Lycée Alphonse de la Martine  (Mission laïque française) de Tripoli et le Collège des Saints-Cœurs de Haykaliyé. Comme le souligne l'initiateur du projet, M. Pascal Mesthi, professeur de lettres en classe de 1ere et responsable des classes de 4e-3e au Collège des Saints-Cœurs de Kfarhabab, « cette action se veut fédératrice ; elle réhabilite l'école comme espace responsable d'une ouverture culturelle et d'un dialogue fructueux porteur d'espoir d'un Liban meilleur ». Il précise également que l'objectif ultime du projet est de « lutter contre la répétition de la guerre de 1975 au Liban » à travers « la découverte, la compréhension et le respect de l'autre dans sa différence ; l'établissement d'un dialogue interreligieux et intercommunautaire et le rejet de la violence ». Ce projet devrait voir son aboutissement le 13 avril prochain au Collège des Saints-Cœurs de Kfarhabab lors d'un « sit-in » réunissant les cinq écoles participantes pour la commémoration de la guerre du Liban de 1975 qui a débuté à cette date.
Comme l'explique M. Mesthi, les élèves des différentes écoles établissent un premier contact qui comprend un échange de correspondances à travers lequel ils parlent de leurs écoles, leurs régions, leurs goûts...etc., et sont ensuite amenés à se rencontrer à l'occasion de sorties organisées dans les régions en question. Trois rencontres ont déjà eu lieu ; l'une à Baakline, au Shouf National College, une autre à Dahieh au Lycée Alkawthar et la troisième à Tripoli au Lycée Alphonse de la Martine. Le professeur de lettres insiste beaucoup sur l'importance de ces rencontres car, pour lui, « la peur de l'autre vient du fait que l'on ne se connaît pas ».

Sortir d'une mentalité sectaire
Pour cette quatrième rencontre, entre le Collège des Saints-Cœurs de Kfarhabab et le Collège des Saints-Cœurs de Haykaliyé, les organisateurs ont choisi la fête christiano-musulmane de l'Annonciation, symbole du rapprochement interreligieux. Aujourd'hui, c'est au tour des élèves de Kfarhabab de recevoir leurs correspondants dans leur propre région. Au programme : visite de la citadelle de Jbeil et de l'église Saint-Jean-Marc, déjeuner et match de foot amical à l'école des Saints-Cœurs de Kfarhabab et, pour finir, visite de Harissa en hommage à la Vierge qui réunit aujourd'hui chrétiens et musulmans.
Avant de retrouver les jeunes de Haykaliyé, M. Mesthi rappelle les objectifs de cette sortie et encourage vivement ses élèves à se mêler et à rester avec leurs camarades de Haykaliyé. À Jbeil, le premier contact semble un peu difficile. Les élèves des deux écoles sont un peu intimidés par toutes ces nouvelles têtes, mais au fur et à mesure de la visite, les visages se détendent, les langues se délient et, au bout d'un moment, il n'y a plus moyen de les faire taire. La rapidité d'adaptation de ces jeunes et leur facilité de communiquer sont impressionnantes. De retour à l'école, les élèves s'emparent du terrain de basket et une ambiance de cour de récréation s'installe sous le regard bienveillant des accompagnateurs qui, eux aussi, semblent s'entendre à merveille. La dernière étape de la rencontre rassemble tout ce petit monde, religions confondues, dans la chapelle de Harissa pour une prière et des chants pour la Vierge. M. Mesthi profite de cet instant si rare pour réaffirmer l'importance et l'enjeu du dialogue interreligieux au Liban : « Le rapprochement est nécessaire pour sortir d'une mentalité sectaire et pour éviter que l'histoire se répète ; l'espoir d'un avenir meilleur repose sur vos épaules. » Il insiste également sur les points communs qui rapprochent chrétiens et musulmans et sur l'unité nationale : « Peu importe la région d'où l'on vient ou la communauté à laquelle on appartient, on est libanais avant tout », dit-il. M. Wakim Bou Lahdo, professeur d'histoire arabe au Collège des Saints-Cœurs de Kfarhabab, renchérit en qualifiant le Liban d' « étendue humaine avant d'être une étendue géographique et sectaire ».  
Après cette journée passée en compagnie de ces jeunes, on ne peut s'empêcher de relever l'importance du rapprochement interreligieux chez les jeunes Libanais de 13, 14 ans. C'est à cet âge-là qu'ils sont plus malléables et plus aptes à comprendre l'histoire du pays, d'où l'importance d'inclure ce genre d'initiatives dans l'agenda éducatif de toutes les écoles au Liban, pays où la tolérance et le respect de l'autre sont désormais une nécessité.  
Il serait également souhaitable que tous les Libanais suivent l'exemple de ces jeunes et qu'ils se réunissent chaque 13 avril en commémoration de la guerre de 1975, pour réaffirmer encore et toujours l'enjeu du dialogue interreligieux au Liban ; cette fois-ci en dehors des tables rondes, et rappeler que l'avenir de notre pays dépend de ce dialogue, qu'on le veuille ou non.  Le but, ici, n'est pas de transmettre les rancœurs de génération en génération, mais plutôt le refus de voir l'histoire mal se répéter. C'est là un impératif et un devoir national de mémoire.
Sur ce terrain, l'ambiance est tout autre. Un groupe d'élèves dispute un match de foot sous les encouragements enthousiastes des spectateurs, d'autres assis sur les gradins écoutent de la musique à plein volume sur leurs téléphones portables, et d'autres encore jouent du tambour, ou plutôt battent du tambour, couvrant à peine les conversations animées, les cris des supporters ou ceux des joueurs. En somme, l'ambiance normale de toute cour de récré qui se respecte. Mais, en y regardant de plus près, les jeunes ne portent pas tous l'uniforme vert et blanc du collège ; certains arborent un style plus décontracté et des couleurs plus variées. C'est bien le seul élément qui distingue les élèves...
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