D'abord, la présentation du projet de budget au Parlement ne doit souffrir d'aucun retard, quelles qu'en soient les raisons. Or, nous sommes à la fin du premier trimestre et le projet n'est même pas inscrit à l'ordre du jour du Conseil des ministres.
Ensuite, le budget, dans sa dernière mouture, ne reflète pas la totalité des dépenses et des recettes du secteur public. Sa subdivision en quatre budgets distincts (gouvernement central, télécoms, betterave sucrière, loterie nationale) augmente en effet l'imprécision et le flou qui l'entourent ; il faudra désormais les intégrer au budget principal. Une fois cette opération achevée, il faudra également englober dans le budget le reste des dépenses et recettes liées aux institutions publiques suivantes, dont la comptabilité financière figure toujours dans un autre répertoire : le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR), l'Électricité du Liban (EDL), le Conseil du Sud, la Caisse des déplacés, le Haut-Comité de secours, les municipalités, etc. Ce budget complet et exhaustif donnera ainsi une idée précise de l'ensemble de l'activité financière de l'État et servira de document-cadre pour sa répartition par région en cas de décentralisation administrative.
Mais la réforme ne doit pas s'arrêter là. Pour rendre le budget plus clair, et plus efficace en tant qu'instrument de politique financière et économique, il faudra, une fois tout le travail décrit ci-dessus terminé, diviser le document en deux parties distinctes : le budget courant et le budget d'investissement. Le budget courant, comme son nom l'indique, comprend les recettes normales (impôts directs, TVA, droits de douane, autres taxes et revenus, transferts courants) et toutes les dépenses de fonctionnement et de gestion. Le budget d'investissement comprend les dépenses en capital (reconstruction, équipements, etc.) et leur financement. Le financement provient de l'excédent du budget courant s'il existe, mais surtout des aides et des prêts consentis par la communauté internationale pour la reconstruction et le développement ainsi que des prêts contractés par l'État à des fins d'investissement.
Cette distinction entre les deux budgets est primordiale, car s'il est totalement justifié d'emprunter pour reconstruire et investir, il est absolument injustifié d'emprunter pour payer des salaires, des loyers ou des factures d'électricité (les recettes propres de l'État doivent suffire à régler tout cela).
Il faudrait donc revoir d'urgence la structure actuelle du budget afin de faire apparaître le déficit du budget courant. Une politique fiscale éclairée se doit d'œuvrer à réduire progressivement le déficit courant en vue de le transformer à terme en un excédent qui servira à financer, du moins en partie, le budget d'investissement. C'est l'excédent courant qui servira en dernière analyse à réduire la dette publique.
Une dernière remarque, un peu anecdotique. Le ministère des Finances, dans ses communiqués de presse, rapporte le déficit budgétaire aux dépenses. Exemple : « Le déficit a représenté 33 % des dépenses. » Ce qu'il ne dit pas par contre, c'est que cela veut dire que ce même déficit représente 50 % des recettes. Simple calcul arithmétique. Or ce dernier pourcentage est beaucoup plus « transparent », car il souligne de manière plus réaliste la gravité de la situation. En effet, si on dépense plus qu'on gagne, il est important de comparer le dépassement à ce que l'on gagne et non pas à ce que l'on dépense.

