Le pape Benoît XVI a mené hier la procession des Rameaux jusqu’à la basilique Saint-Pierre devant des dizaines de milliers de personnes. Alessandro Bianchi/Reuters
Le souverain pontife n'a pas directement évoqué la cascade de révélations sur les abus sexuels commis par des prêtres à l'encontre d'enfants ces dernières décennies à travers le monde, notamment dans son Allemagne natale, mais ses propos y faisaient clairement allusion. À la veille de la semaine sainte, il a déploré que l'homme « tombe parfois au plus bas et vulgaire niveau » et « sombre dans le marécage du péché et de la malhonnêteté ». Par ailleurs, l'une des prières lues lors de la messe pontificale implore le Tout-Puissant d'aider « les jeunes et ceux qui œuvrent à leur éducation et à leur protection », un texte qui, selon Radio Vatican, « résume les sentiments de l'Église à ce moment difficile où elle est confrontée au fléau de la pédophilie ».
Alors que les révélations concernant des abus sexuels au sein de l'Eglise s'accumulent, le Vatican, jusque-là sur la défensive, accuse les médias d' « ignoble tentative » pour salir le pape et son entourage « à tout prix ». Le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, a toutefois reconnu samedi que la réponse de l'Église aux abus constatés était cruciale pour sa crédibilité morale et qu'il fallait donc qu'elle les reconnaisse et présente des excuses. Bien que la plupart des cas se soient produits il y a longtemps, « parfois il y a des décennies, les reconnaître et faire amende honorable auprès des victimes est le prix à payer pour rétablir la justice et regarder l'avenir avec une confiance, une humilité et une vigueur retrouvées », a-t-il dit.
La polémique s'est toutefois poursuivie autour de Benoît XVI, accusé d'avoir fermé les yeux sur les abus sexuels commis par des prêtres. Selon le New York Times, il se serait refusé à sanctionner en 1996 un prêtre américain accusé de viols répétés sur 200 enfants sourds.
« Comment des catholiques ont-ils pu faire ça ? Comment des prêtres (pédophiles) ont pu continuer à exercer et célébrer la communion ? » s'est interrogé le quotidien britannique Independent dans un éditorial. En Espagne, un professeur de théologie cité par El Pais, s'étonne de la « facilité avec laquelle, pour l'IVG, la hiérarchie catholique établit une relation directe entre péché et délit (...) et sa difficulté à faire la même chose lorsqu'il s'agit d'abus sexuels commis par des personnes consacrées à Dieu ».
À Rome, personne ne croit à un « big bang », selon l'expression du vaticaniste Sandro Magister. « À chaque polémique, certains en profitent pour proposer une réforme totale de l'Église, de son fonctionnement structurel », explique-t-il à l'AFP.
Quant à une éventuelle « démission » du pape, suggérée par exemple par le Spiegel, elle semble aujourd'hui improbable. Le pape est élu à vie et en deux mille ans, seuls deux ont démissionné.
C'était en 1294 et en 1415.


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