Rechercher
Rechercher

Liban - En Dents De Scie

Domicile conjugal

Le plus libre des deux est celui
qui peut se passer de l'autre.
Onzième semaine de 2010.
Dans un couple obligé de constamment cohabiter pour préserver de la ruine la seule maison dont il pourrait jamais disposer et pour lequel la moindre ébauche d'idée de divorce est interdite, il y a toujours un soumis et un dominant, un maître et un esclave, une victime et un bourreau. C'est une loi de la nature, rien ni personne n'y échappe, et encore moins cette Maison-Liban qui vacille constamment sur ses bases, toujours sur le point de s'embourber définitivement dans d'infinis marécages en tout genre, locaux soient-ils, nouveaux 7 mai 2008, ou régionaux, nouveaux 12 juillet 2006 - dans les deux cas, indiscutablement, à cause de l'arsenal du Hezbollah.
Cette maison, deux camps que tout oppose sont condamnés à la gouverner ensemble, au pire selon Doha et au (très relatif) mieux selon Taëf, et personne, pour l'instant, ne remet en cause ce contrat quasiment oral d'un mariage beaucoup plus basé sur la raison que sur le cœur. Il est d'ailleurs de plus en plus difficile de se leurrer : pour éviter de dire haut et fort ce qu'il n'hésite plus à penser de moins en moins bas, à savoir qu'il peut se passer de l'autre, chaque camp centuple sa haine de jour en jour. Ce couple se déteste furieusement et chacun des deux partenaires, chaque soir en se couchant dans le même lit, rêve d'en finir avec l'autre.
Surtout depuis les législatives de juin 2009. Surtout depuis que le camp qui a échoué a décidé de réduire l'autre en esclavage politique et moral.
Le Hezbollah est passé maître dans l'art de l'exercice de bourreau de droit divin. Fatwa après fatwa, oukase après oukase et tant pis si cheikh Mohammad Mehdi Chamseddine fait des triples axels dans sa tombe, le parti de Dieu phagocyte et suicide tout, à commencer par le débat sur ses armes autour de la table de dialogue, les nominations administratives et les élections municipales. Et comme si dynamiter le concept de l'État et métastaser la vie politique ne lui suffisaient pas, le voilà qui décide de démanteler de fond en comble tout ce que l'équipe la plus productive depuis des décennies, le gouvernement Siniora I, a réalisé. La formation de Hassan Nasrallah est aidée bien au-delà de ses attentes par Michel Aoun, qui tient tout de même une double casquette, celle de Petit Inquisiteur et de Grand Instituteur. Son admonestation, il n'y a pas d'autre mot, de cette semaine, cette objurgation interdisant à quiconque d'évoquer désormais la résistance et l'arsenal du Hezb restera dans les annales, sommet inégalé et sans doute inégalable du ridicule. À moins de prendre en compte ce cas à part d'un autre homme dont l'assise populaire ne dépasse pas cent partisans, et encore : Wi'am Wahhab. Le véritable ambassadeur syrien à Beyrouth a appelé, toujours cette semaine et dans un quart d'heure de gloire warholien comme jamais, soit mandaté par Damas soit pour des raisons familiales, Michel Sleiman à... démissionner - un appel lancé de Rabieh, naturellement.
Tout cela aurait été beaucoup plus drôle qu'autre chose si l'autre membre du couple, le partenaire spolié de sa victoire, ne se (com)plaisait pas à ce point dans ce rôle somme toute assez confortable de victime consentante et soumise, ayant renoncé à toute prise d'initiative, se contentant de petites réactions épisodiques et épidermiques, entre rares, certes sympathiques mais si rares petits coups de poing de Saad Hariri sur la table et autres discours musclés et réconfortants certes, mais intraduisibles en gestes de Samir Geagea. Ils font ce qu'ils peuvent ; ils font le maximum, ce sont des résistants, répètent les aficionados du 14 Mars - ils protègent et défendent la maison, ils savent que les autres ne peuvent pas aller plus loin, qu'ils ont besoin d'eux.
Soit. Sauf que parfois, la meilleure défense reste l'attaque.

Onzième semaine de 2010.Dans un couple obligé de constamment cohabiter pour préserver de la ruine la seule maison dont il pourrait jamais disposer et pour lequel la moindre ébauche d'idée de divorce est interdite, il y a toujours un soumis et un dominant, un maître et un esclave, une victime et un bourreau. C'est une loi de la nature, rien ni personne n'y échappe, et encore moins cette Maison-Liban qui vacille constamment sur ses bases, toujours sur le point de s'embourber définitivement dans d'infinis marécages en tout genre, locaux soient-ils, nouveaux 7 mai 2008, ou régionaux, nouveaux 12 juillet 2006 - dans les deux cas, indiscutablement, à cause de l'arsenal du Hezbollah. Cette maison, deux camps que tout oppose sont condamnés à la gouverner...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut