En 1976, le sommet de Riyad consacré à la guerre libanaise avait formé une force d'interposition arabe, dite de dissuasion, pour ramener le calme dans le pays. En la mettant à la disposition du chef de l'État libanais, le président Élias Sarkis, donc sous son autorité juridique. À l'annonce de cette nouvelle, le Amid du Bloc national, Raymond Eddé, s'était rembruni. Prié par le président de s'expliquer, il lui avait répondu : « C'est uniquement sur le papier, et pas du tout sur le terrain, que la force en question est mise à votre disposition. Si, par exemple, vous souhaitez muter un soldat du contingent syrien de la place des Canons à Bab Idriss, seraient-ce vos ordres qui seraient suivis ou le refus éventuel du président Hafez el-Assad ? » En effet, en politique c'est toujours comme dans les jeux de cartes : qui donne ordonne. De fait, tandis que les contributeurs arabes se retiraient à tour de rôle pour ne laisser en place que les Syriens, ces derniers n'ont pas tardé à montrer les crocs. Et pendant cent jours, ils ont bombardé Achrafieh, sans que le président Sarkis, qui menaçait de démissionner, ne pût rien y faire.
Un autre précédent, moins violent mais nettement préjudiciable : les belles résolutions antérieures de ce comité du dialogue national qui reprend vie, pourtant adoptées à l'unanimité, sont restées lettre morte. Ce qui signifie qu'aujourd'hui aussi, s'il devait y avoir des résolutions au sujet de la stratégie de défense, ce qui n'est même pas acquis, elles resteraient de pure forme tant que ceux qui agissent refusent de leur donner corps. Parce que la Syrie le leur demanderait ; ou parce que, tout simplement, ils n'y verraient aucun intérêt pour leur cause et leur projet propres. Peu leur chaut, en effet, une quelconque convention de consensus, ni même la loi. On l'a vu aussi bien le 7 mai 2008 que le 12 juillet 2006.
Le Hezbollah ne cache d'ailleurs pas qu'il ne se sent pas concerné par un accord effectif sur la stratégie de défense. Ce qu'il veut, en acceptant de participer à la table ronde, c'est que le rôle de la résistance et son droit de gérer à sa guise son potentiel militaire soient reconnus. En précisant qu'au mieux ce qu'il pourrait concéder, ce serait une coordination élastique, de simple communication en somme, avec l'armée libanaise. Il est d'autant moins question, pour lui, de mettre son arsenal à la disposition de l'État libanais, ou sous sa supervision, que ce capital tire son origine du tandem Iran-Syrie. Dès lors, sa portée et sa destination sont de nature régionale et internationale, en allant plus loin que la confrontation avec Israël. Cela étant, il semble évident que le Hezb qui se doute bien qu'il n'obtiendra pas gain de cause à travers les rencontres de Baabda ne participe à la table ronde que parce qu'elle lui permet, ainsi qu'à ses sources, de gagner du temps. Pour voir comment les choses vont évoluer dans la région.

