À ce propos, des professionnels estiment qu'il convient de traiter le dossier sous deux angles distincts. D'abord le politique, puis le militaire. Dans le premier domaine, il est évident que tout armement hors légalité doit rester soumis à la supervision de l'État. Et n'être jamais utilisé que sous son contrôle, car lui seul dispose du droit de décider de la guerre et de la paix. Sans quoi, il n'y a tout simplement plus d'immunité contre les agressions, les invasions et les occupations étrangères. Et, surtout, comme le passé ne le dit que trop, plus de paix civile, mais un Liban disloqué.
L'important aujourd'hui, après la guerre de juillet 2006 comme après le 7 Mai, est d'unifier le fusil, en le plaçant sous la garde, et sous la responsabilité de l'État, seul représentant, et seule émanation, de la nation libanaise. Le Hezbollah doit répéter devant la table de dialogue l'engagement communiqué aux présidents Sleiman et Hariri de ne donner à Israël aucun prétexte d'attaquer de nouveau le Liban.
Sur le plan militaire, une fois l'arsenal du Hezbollah régulé, c'est au commandement de l'armée, et non à la classe politique, qu'il appartient de définir la stratégie de défense, et d'en arrêter les mécanismes. Pour appliquer au mieux les décisions, ou les directives occurrentes, du Conseil des ministres. C'est donc Yarzé qui voit, le cas échéant, s'il faut ou non utiliser l'armement hors légalité, libanais ou palestinien, pour contrer une agression israélienne, ou la prévenir. Enfin, ce sont les généraux, et eux seuls, qui peuvent éclairer le gouvernement sur la nécessité, l'opportunité ou la possibilité technique d'agir pour que les Arabes mettent enfin en place une stratégie de défense commune. Ou d'opter pour une stratégie de défense partagée avec la Syrie, si elle y consent, ce qui reste douteux.
Retour à la table ronde. Les participants doivent se pencher, en premier lieu, sur une question élémentaire :
le Liban doit-il assumer seul une éventuelle confrontation avec Israël ? Si les Arabes n'établissent pas de stratégie commune, la Syrie peut-elle se dérober encore une fois, comme en 2006, à ses obligations propres ? On sait en effet qu'aux termes d'un traité défense-sécurité découlant de cet accord dit de la fraternité, qu'elle avait elle-même imposé, du temps de la tutelle, les deux pays contractants doivent aller ensemble à la guerre, ou aux négociations de paix. Ce que résumait un slogan inlassablement ressassé par les Syriens : totale identité de sort. Et toujours voler au secours l'un de l'autre, autant du reste pour les questions de sécurité interne, face notamment au terrorisme, qu'au sujet du péril israélien.
Il reste l'essentiel. À savoir qu'en dialoguant, les Libanais doivent enfin trancher. Pour une stratégie de confrontation, ou pour une diplomatie de paix. Dans le premier cas, on doit commencer par relancer les Arabes, en vue d'un plan commun. Et quand il se confirmerait qu'il n'y a rien à en attendre, il faut se tourner vers Damas. Pour lui rappeler sa propre sempiternelle antienne : la sécurité du Liban et de la Syrie forme un tout aux parties indissociables. Tout comme pour lui souligner qu'il n'est pas logique qu'elle multiplie les efforts, via la Turquie et même les États-Unis, pour faire la paix avec l'ennemi, alors qu'elle pousse le Liban à l'affronter.

