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Nos lecteurs ont la parole

Une politique du bon sens (II)

Charles RIZK
Pour le reste, et notamment les questions politiques, nous devons constater cette  vérité d'évidence : il n'y a pas aujourd'hui de politique libanaise au Liban. Il n'y a qu'une politique régionale dont, malgré les gesticulations de ce qui  tient lieu chez nous de personnel politique, nous subissons passivement les  évolutions. C'est là le sort amer des peuples qui, comme nous, ont perdu leur indépendance et sont devenus des « failed states », des États faillis, des nations déchues (voir L'Orient-Le Jour du jeudi 4 mars 2010).
Constater cette déchéance signifie-t-il s'y résigner ? Je ne le crois pas. Je crois même fermement le contraire. Autant je suis conscient de la débâcle dans laquelle la conjoncture régionale couplée à l'insignifiance de notre personnel politique nous a jetés, autant j'ai la certitude que cette débâcle peut, si nous en comprenons les causes, n'être que provisoire.  Car le propre de  toute conjoncture est justement d'être éphémère, et un retournement régional tôt ou tard adviendra. .
Le Liban a perdu son âme quand il a, dans les années 1970, plongé dans la violence et la guerre civile. Elles ont broyé sa classe moyenne qui le distinguait de son entourage et forcé sa jeunesse à l'émigration. Elles ont livré ses communautés, notamment chrétiennes et chiite, à la dictature  milicienne qui a, à son tour, ouvert la voie à l'occupation étrangère, israélienne et syrienne.
La violence a été étendue à toute la région et portée à son paroxysme par les guerres en Irak et en Afghanistan. L'Amérique de George Bush croyait alors que sa puissance militaire et économique était sans limite. Cette chimère est aujourd'hui dissipée et toute la stratégie d'Obama est fondée sur le principe du retrait. En Irak, le processus est irréversiblement engagé. En Afghanistan, lassés de la corruption et de l'inefficacité de son régime, les États-Unis semblent avoir intimé à Karzaï de négocier  avec les talibans car, selon Hillary Clinton, c'est avec ses ennemis et non ses amis qu'on fait la paix.
Cette stratégie ne peut pas ne pas se répercuter sur l'ensemble de la région en commençant par l'Iran. Il semble évident à cet égard que dans leurs relations avec ce pays, les EU ont opté pour la diplomatie tout simplement parce qu'ils n'ont pas le choix :  embourbés en Afghanistan et en Irak, ils n'ont pas les moyens d'une guerre nouvelle. Cela ôte toute crédibilité aux menaces israéliennes de détruire par la force les installations nucléaires iraniennes : on voit mal Israël s'engager dans la guerre alors que les EU prennent le chemin opposé. Au surplus, abstraction faite d'une contre-attaque iranienne éventuelle, l'action israélienne ne pourrait avoir pour effet que de retarder d'un ou de deux ans  le programme nucléaire iranien, de renforcer le régime en ressoudant le peuple autour de lui et d'annihiler l'opposition  naissante.
Comme toujours, Israël ne peut dans la région que se conformer à l'orientation américaine qui tend résolument vers l'apaisement, sinon la paix. L'empressement de l'ensemble de l'établissement politique israélien à condamner les récentes menaces  du ministre Lieberman à  l'endroit de la Syrie est à cet égard révélateur.
Pour avoir longtemps représenté le parti de la guerre, Netanyahu et Barak sont les seuls capables de conduire Israël  vers  la paix  que les EU souhaitent et qui les mène  irrésistiblement en  Syrie. Elle est pour eux le partenaire incontournable. Trop modérés, Abou Mazen et l'Autorité palestinienne ne sont pas des interlocuteurs crédibles et il est facile à Damas de faire capoter, par Hamas ou Hezbollah interposé,  toute négociation avec eux.
La guerre étant, pour les raisons mentionnées plus haut, improbable, la paix syro-israélienne est, quelque lointaine qu'elle soit, la seule voie envisageable pour l'avenir de la région. C'est dire que  cette  centralité stratégique de la Syrie l'expose  à la nécessité de choisir. Si les puissances l'entourent pour le moment de toutes les attentions, rien ne garantit que ce moment durera et que la Syrie pourra indéfiniment cumuler  les avantages de la guerre et ceux de la paix.
Pour nous Libanais, le bon sens nous dicte une  politique simple : ne pouvant peser  sur les événements, comprenons-en au moins les évolutions et adoptons une position moyenne qui, à  long terme, préserve nos intérêts. Notre pays a été la première victime de la guerre. Ayons l'intelligence de le préparer à être le premier bénéficiaire de la paix.  

Charles RIZK
Pour le reste, et notamment les questions politiques, nous devons constater cette  vérité d'évidence : il n'y a pas aujourd'hui de politique libanaise au Liban. Il n'y a qu'une politique régionale dont, malgré les gesticulations de ce qui  tient lieu chez nous de personnel politique, nous subissons passivement les  évolutions. C'est là le sort amer des peuples qui, comme nous, ont perdu leur indépendance et sont devenus des « failed states », des États faillis, des nations déchues (voir L'Orient-Le Jour du jeudi 4 mars 2010). Constater cette déchéance signifie-t-il s'y résigner ? Je ne le crois pas. Je crois même fermement le contraire. Autant je suis conscient de la débâcle...
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