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Nos lecteurs ont la parole

Une politique du bon sens (I)

Charles RIZK
Napoléon disait que la guerre est un art simple et tout d'exécution. On peut en dire autant de la politique, puisqu'on sait depuis Clausewitz qu'elle ne diffère de la guerre que par les moyens.
La scène politique libanaise est d'une simplicité élémentaire. Le pays est coupé en deux entités confessionnelles rivales : une entité sunnite qui s'appuie sur le bloc régional saoudo-égyptien et une entité chiite adossée au bloc syro-iranien. Entre les deux, Walid Joumblatt a eu l'intelligence d'adopter une position équidistante qui lui permet de jouer un rôle d'arbitre et de donner à la communauté druze une importance sans commune mesure avec son poids démographique. Quant à la communauté chrétienne, divisée et affublée de représentants hérités de la guerre civile, elle s'est marginalisée, décrédibilisée et se trouve abandonnée par les puissances qui se pressaient hier devant sa porte.
Prolongeant la trêve conclue récemment entre les deux blocs régionaux qui les télécommandent, les deux entités locales prédominantes ont été forcées de se rapprocher pour former un gouvernement d'unanimité nationale par définition inapte à prendre des décisions relatives aux grandes questions qui divisent l'opinion : attitude à l'égard d'Israël, armes du Hezbollah, confessionnalisme politique, réforme électorale, réintégration des émigrés dans la nationalité libanaise...Est-ce à dire que ce gouvernement est condamné à la paralysie totale ? Certainement pas. Un vaste champ d'action s'ouvre devant lui : celui des questions qui, par définition, ne sont pas conflictuelles et font l'unanimité des Libanais quelles que soient leurs appartenances politiques ou confessionnelles.
Ces questions ont trait à notre vie quotidienne : électricité, circulation, santé publique, environnement... Négligées depuis des décennies, elles intéressent davantage les Libanais que les prétendus grands débats politiques ou diplomatiques dont tout le monde sait qu'ils sont tenus ailleurs qu'à Beyrouth. Le premier principe qui doit donc guider ce gouvernement est le réalisme, le possibilisme, l'adaptation des ambitions aux moyens. Les déclarations du Premier ministre vont d'ailleurs dans ce sens et manifestent de sa part un sens aigu des réalités.
Encore faut-il que l'équipe ministérielle le suive et ait, des questions susmentionnées, une intelligence claire : la crise de l'électricité résulte du fait que le courant est exclusivement produit par des centrales thermiques. À chaque kilowatt correspond une importation de fuel que l'EDL ne peut pas payer et qui vient donc creuser le déficit qui excède le quart du budget de l'État. Le pire est que ce que l'EDL croit être la solution au problème du rationnement de l'électricité ne fait qu'aggraver le mal, puisque les responsables continuent de penser exclusivement en termes d'électricité thermique. Ils préparent une augmentation de la production thermique, donc un accroissement de l'importation de fuel et une aggravation du déficit.
Or la solution ne saurait être que globale. Elle doit commencer par des mesures d'économie d'énergie et l'imposition de normes d'isolation thermique aux constructions nouvelles, ainsi que la généralisation de l'énergie solaire pour l'eau chaude domestique. Et elle doit se compléter par l'adoption des énergies renouvelables comme l'énergie éolienne. À cet égard, il faut saluer l'insistance personnelle du Premier ministre à inscrire dans la déclaration ministérielle l'engagement de produire 12 % de l'électricité, soit 190 mégawatts, à partir des ressources renouvelables.
Comme la question de l'électricité, celle de la circulation ne sera résolue que si elle est bien posée. Il s'agit moins chez nous de circulation que de stationnement. Il est donc inutile de construire des rues nouvelles ou de recruter encore plus de policiers. Le remède est dans l'installation de parkings modernes qui décongestionneront quelques points névralgiques où les embouteillages sont aujourd'hui inévitables. En attendant, l'agitation ministérielle et le tapage médiatique autour de la question ne sont que du folklore.

Charles RIZK
(à suivre)
Napoléon disait que la guerre est un art simple et tout d'exécution. On peut en dire autant de la politique, puisqu'on sait depuis Clausewitz qu'elle ne diffère de la guerre que par les moyens.La scène politique libanaise est d'une simplicité élémentaire. Le pays est coupé en deux entités confessionnelles rivales : une entité sunnite qui s'appuie sur le bloc régional saoudo-égyptien et une entité chiite adossée au bloc syro-iranien. Entre les deux, Walid Joumblatt a eu l'intelligence d'adopter une position équidistante qui lui permet de jouer un rôle d'arbitre et de donner à la communauté druze une importance sans commune mesure avec son poids démographique. Quant à la communauté...
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