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Moyen Orient et Monde - Rencontre

Fayez, agriculteur bio de Tulkarem, envers et contre tout

Fayez tente de produire du bio dans sa ferme coincée entre le mur de séparation et une usine chimique israélienne.

Fayez Audi dans son champ traversé par le mur de séparation.

Les tomates de Fayez Audi sont fermes et charnues, pulpeuses et juteuses, sans additifs ni conservateurs. Bien au chaud sous leur serre, elles sont à l'abri de tout prédateur volant. Au sol, les pieds de tomate courent en serpentin sur les 1 200 mètres carrés abrités. Une ruche laisse s'échapper quelques abeilles utiles à la pollinisation des fleurs de ces fruits. L'eau est rationnée pour éviter tout gaspillage. « Je n'ai plus que cette serre et celle des concombres qui sont biologiques », explique Fayez, Palestinien à la moustache grisonnante, en mordant à pleines dents dans le fruit déjà bien mûr pour un début de mois de février.
Il fut un temps où beaucoup plus de serres étaient plantées sur le terrain de Fayez, à Tulkarem, au nord-ouest de Naplouse, en Cisjordanie. Mais entre 2000 et 2003, ses quatre serres et son champ d'arbres fruitiers situés en zone C, donc sous contrôle israélien selon les accords d'Oslo, ont été détruits trois fois et réquisitionnés à plusieurs reprises par l'armée israélienne. « En 2000, six mois avant le début de la deuxième intifada, ils sont venus avec deux bulldozers et une centaine de soldats pour tout raser. Ils ont fermé l'accès à ma ferme et cassé les tuyaux d'irrigation. Avec ma femme, nous venions tous les jours avec des sécateurs pour couper les barbelés et cultiver notre champ, explique ce quinquagénaire, père de cinq enfants. Au bout de 14 mois, il n'y avait plus de barrière. Nous avons repris notre production et réinvesti dans de nouvelles protections pour nos serres. Mais elle ont à nouveau été détruites en 2002 et en 2003 quand ils ont commencé la construction du mur. »
Le mur de séparation passe au beau milieu des terres de Fayez. « Avant la construction du mur, j'avais 32 dunums (soit 32 000 m2, NDLR), maintenant il ne m'en reste que 12 », déplore ce fermier dont les seuls revenus proviennent de sa production agricole. Membre d'un comité nommé « Contre le mur et les colonies », Fayez ainsi que les maires des villages de Deir el-Ghusun, Attil et Zeita, vont porter plainte auprès de la Cour de justice israélienne contre le tracé du mur qui pénètre à l'intérieur des terres palestiniennes et confisque de nombreux terrains dans la région de Tulkarem, notamment. Confiant, il explique qu' « à Bil'in, Nil'in et dans bien d'autres lieux, des terres sont rendues sur décision de la justice israélienne ».
Reste que les destructions à répétition et la construction du mur ont sérieusement rogné les moyens financiers de Fayez, qui s'est retrouvé dans l'impossibilité d'acheter les films plastiques et autres moustiquaires nécessaires à la fabrication des quatre serres. « Il faut compter 6 shekels (1,6 dollar, NDLR) par mètre carré. Il y a plus de 4 000 mètres carrés de tissu par serre et j'en ai quatre ! » précise-t-il dans le sas de sécurité qui conduit à l'extérieur de la serre.
Dehors, le soleil se fait éblouissant. Fayez se dirige vers son champ où plus d'une vingtaine de sortes d'arbres fruitiers sont plantés. « De l'autre côté du mur, il y a deux antennes téléphoniques et une caméra qui surveille tout ce qui se passe ici », dénonce-t-il en pointant du doigt trois pylônes. Puis, pivotant sur lui-même, il pointe vers le troisième fléau qui empoisonne sa vie : une usine chimique. « J'ai ce terrain depuis 1984. L'usine a été construite un an après. Au départ, elle était à Nétanya, en Israël, mais sur décision de la justice israélienne, elle a été transférée ici, à Tulkarem. On ne sait pas vraiment pourquoi, mais des maladies ont commencé à apparaître dans les alentours, poursuit Fayez, emmitouflé dans un blouson d'un beige assorti à sa terre. Certaines personnes souffrent d'asthme, d'autres ont des cancers. Mais surtout, il est impossible pour les résidents des environs de vendre leurs habitations situées à proximité de l'usine. Personne n'en veut. Sans compter qu'avant, toute mon agriculture était biologique », pointe-t-il encore.
L'entreprise Geshuri produit notamment des détergents et des pesticides. Située sur la ligne verte, l'entrée de cette usine, qui emploie quelques centaines de Palestiniens, se fait du côté israélien. Contacté par téléphone, le directeur nous avait d'abord accordé une visite avant de l'annuler la veille de notre rencontre et de ne plus nous donner d'autorisation.
Sur la route, de l'autre côté du terrain, des poussières blanches volent de l'usine vers les maisons. Fayez assure que sa production n'en reçoit pas, « le vent souffle toujours de l'ouest vers l'est, ma ferme est à l'ouest. Aucune particule ne vient par ici ». Le jour de la visite, les terres de Fayez sont effectivement épargnées par les poussières.
 « C'est l'implantation de cette usine qui m'a sensibilisé à l'agriculture biologique », explique encore Fayez. Pourtant, il n'en retire aucun bénéfice. Ses fruits et légumes sont vendus au même prix que ceux de ses concurrents qui produisent avec engrais et pesticide. « Ils produisent plus et pour moins chers, mais pour moi la santé passe avant tout », soutient Fayez dans un sourire timide.
Les tomates de Fayez Audi sont fermes et charnues, pulpeuses et juteuses, sans additifs ni conservateurs. Bien au chaud sous leur serre, elles sont à l'abri de tout prédateur volant. Au sol, les pieds de tomate courent en serpentin sur les 1 200 mètres carrés abrités. Une ruche laisse s'échapper quelques abeilles utiles à la pollinisation des fleurs de ces fruits. L'eau est rationnée pour éviter tout gaspillage. « Je n'ai plus que cette serre et celle des concombres qui sont biologiques », explique Fayez, Palestinien à la moustache grisonnante, en mordant à pleines dents dans le fruit déjà bien mûr pour un début de mois de février.Il fut un temps où beaucoup plus de serres étaient...
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