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Liban - Le Commentaire

Damas ou l’art des faux-fuyants

Du temps de la tutelle, les Syriens ont fréquemment invité le patriarche Sfeir. Il leur répondait toujours qu'il leur fallait d'abord redéployer leurs troupes vers la Békaa, en prélude à leur retrait complet, conformément à l'accord de Taëf. Précisant ensuite que la visite ne devait pas se limiter à des échanges d'aménités, exploités par la propagande syrienne, mais produire des résultats positifs en termes d'assainissement des relations entre les deux pays.
Au départ, c'était la même exigence de normalisation qui était présentée pour le périple du général Michel Aoun en Syrie. Finalement, la première visite s'est déroulée, avec tambour et trompette, sans condition. Et la deuxième, pour la Saint-Maron, en guise de cadeau de retour de politesse, de la part du général. Il reste que les relances syriennes de responsables, ou de pôles libanais, ne sont que des coups d'épée dans l'eau. À quelques exceptions près, dont une visite du ministre de la Défense, Élias Murr, qui avait pris soin de demander un accord préalable sur un ordre du jour bien déterminé, bien concret.
À l'instar aussi du chef de l'État, dont la rencontre avec son homologue syrien s'était conclue sur un manifeste commun évoquant nombre de problèmes bilatéraux nécessitant un suivi de la part des deux gouvernements. Et induisant qu'il fallait mettre en œuvre l'exécution de la partie des résolutions du Comité de dialogue national libanais qui requièrent un effort syrien.
Pour limités et incomplets qu'ils soient, des engagements ont été pris par le régime syrien lors de ce sommet de Damas, déjà éloigné dans le temps. On se demande donc s'ils vont être tenus, car on n'a encore rien vu venir. Comme le président français Nicolas Sarkozy l'avait souhaité lorsque, avant de desserrer la vis, il avait lancé au président Bachar el-Assad : « Les mots ne suffisent plus, nous voulons des actes. » Le chef du Quai d'Orsay, Bernard Kouchner, avait précisé à l'occasion d'une visite de M. Sarkozy à Riyad que « la France et l'Arabie saoudite poursuivent un même objectif : la souveraineté, l'indépendance et la stabilité du Liban, via une attitude positive de la Syrie. Sans vouloir paraître naïfs, nous estimons que la Syrie peut aller à l'ouverture ». Il avait proposé enfin l'envoi d'une mission d'observateurs européens pour les élections législatives libanaises qui, à son avis, « méritent une attention pointilleuse de la part de la communauté internationale ». Façon de relever que cet enjeu crucial porte, justement, sur la souveraineté et l'indépendance libanaises face au rôle syrien.
Précédemment, et après avoir lui-même tenté l'ouverture en direction de Damas dans les années 90, le président Jacques Chirac avait réalisé qu'il n'y avait rien à en attendre. Et il déclarait : « Pas de quiétude pour le Liban tant que subsiste l'actuel régime syrien. »
Sauf que la Syrie s'est de tout temps montrée négative, hostile, agressive, cupide à l'encontre du Liban, qu'elle considérait, jusqu'à ces tout derniers temps, sinon comme sa 19e province, en réclamant les cazas libanais, du moins comme un vassal assujetti. Un rappel, entre autres : en 1949, après le putsch de Husni el-Zaïm, le gouvernement dirigé par Khaled el-Azm avait déclenché la crise de la dissociation économique et financière. Le gouvernement de Riad Solh avait tenu tête, en préservant au mieux les intérêts du peuple libanais. Par la suite, le pouvoir libanais, miné de l'intérieur, attaqué de l'extérieur, souvent objet d'une collusion syro-américaine, n'a plus pu résister.
Ces dernières années, la donne a évolué positivement. Mais pas encore assez, tant s'en faut. Et l'indépendance libanaise reste aussi hypothétique qu'hypothéquée, face à un plan manifeste de récupération syrienne avec le concours des alliés locaux de Damas, fortement armés. Un programme qui comporte une bonne part d'intox, via des visites et des promesses creuses. Tandis que la résolution 1701 reste lettre morte.
Du temps de la tutelle, les Syriens ont fréquemment invité le patriarche Sfeir. Il leur répondait toujours qu'il leur fallait d'abord redéployer leurs troupes vers la Békaa, en prélude à leur retrait complet, conformément à l'accord de Taëf. Précisant ensuite que la visite ne devait pas se limiter à des échanges d'aménités, exploités par la propagande syrienne, mais produire des résultats positifs en termes d'assainissement des relations entre les deux pays.Au départ, c'était la même exigence de normalisation qui était présentée pour le périple du général Michel Aoun en Syrie. Finalement, la première visite s'est déroulée, avec tambour et...
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