Rechercher
Rechercher

Liban - Le Commentaire

Pas de politique au Liban sans recours à des soutiens extérieurs

Comme le relève un professionnel chevronné de la politique, les rapports de force sur la scène libanaise ont toujours été conditionnés par l'apport d'appuis étrangers. Chaque camp parie sur telle ou telle puissance régionalement influente. Selon qu'elle se trouve au pinacle, par rapport à ses rivaux, ou qu'elle soit en déconfiture, la fraction locale qui aurait misé sur elle se retrouverait aux commandes ou marginalisée. Il s'agit donc, pour les joueurs libanais, de bien comprendre les donnes extérieures. Sauf que certains choix sont absolument forcés. Et sauf, aussi, que certains lisent mal le tableau.
Cet homme d'expérience rappelle, en revenant à la genèse, qu'en 1943, les Libanais se divisaient en partisans de la France ou de la Grande-Bretagne, qui l'a emporté. En 1958, il y avait eu affrontement entre les proaméricains et les militants du nassérisme, soutenus par le bloc soviétique. Ces derniers avaient pris l'avantage avec le renversement du pouvoir en Turquie, comme avec la double chute de la royauté irakienne et du pacte de Bagdad tissé par la CIA. L'intervention de la VIe Flotte US au Liban avait, cependant, rééquilibré les choses, et le match s'était donc terminé sur un score de nullité. Ce que consacraient la formule ni vainqueur ni vaincu et l'accord Nasser-Chéhab conclu à Masnaa.
Le cycle de guerres intestines enclenché en 1975 a été, de même, marqué par des paris sur l'étranger. Les uns se sont tournés vers l'Amérique, la France et l'Angleterre, les autres vers le bloc soviétique ou les radicaux arabes, comme la Syrie, l'Irak ou la Libye. L'un des épisodes a vu les Américains se mettre à la tête d'une force internationale dépêchée chez nous et envoyer le New Jersey, doté d'un supercanon. Mais les marines et les soldats français avaient été refoulés suite à des attentats aux camions piégés qui en avaient fauché des centaines.
Auparavant, une partie des Libanais avaient placé des espoirs sur l'intervention des Israéliens pour venir à bout de la puissance militaire des Palestiniens. Mais une fois encore, la violence avait parlé. D'une part avec l'assassinat du président Bachir Gemayel, et d'autre part avec l'embrasement de la Montagne mettant aux prises druzes et maronites, orchestré par l'envahisseur israélien pour disloquer l'unité libanaise. Cependant, il n'avait pu ni imposer l'arrangement dit du 17 Mai ni forcer le Liban à conclure avec lui un traité de paix séparé.
Ultérieurement, certains avaient joué la carte de Saddam Hussein, quand il avait occupé le Koweït. Ils pensaient que la Syrie aurait à payer, en termes de carte libanaise, le prix de sa participation aux forces dirigées par les Américains qui avaient lancé la guerre du Golfe pour déloger Saddam du Koweït. Comme quoi, répétons-le, certains lisent mal le tableau extérieur. On sait en effet que, contrairement à leur attente, la Syrie a été récompensée pour avoir combattu un dirigeant arabe, les Américains fermant les yeux sur le maintien de sa présence militaire au Liban. Alors qu'aux termes du pacte de Taëf, qu'ils avaient cosigné avec les Syriens, le retrait aurait dû s'opérer au plus tard en septembre 1992.
Cependant, tout est dans la finalité. Pendant des dizaines d'années, des calculs intrinsèquement libanais ont paru mauvais, et leurs défenseurs ont été punis, tués, emprisonnés, exilés, mis politiquement sur la touche. Mais ces calculs se sont avérés payants avec la révolution du Cèdre que l'assassinat de Rafic Hariri et de ses compagnons avait provoquée.

Pro domo
Dimanche, le vrai Liban rendait à cet homme le seul hommage qu'il eût voulu : la confirmation de la poursuite des objectifs nationaux de cette révolution du Cèdre qui a bouté hors de la patrie le plus largement dominateur de ses deux voisins occupants. Le pays a, dès lors, recouvré son indépendance, sa souveraineté et sa liberté. Mais sur le papier seulement. Car, évacué par la porte, le tuteur a vite fait d'y rentrer, avec fracas et dégâts persistants, par la fenêtre d'un 8 Mars bientôt élargi...
Cependant, les orateurs n'ont pas eu tort de parler de précieux acquis. Car le retrait des troupes syriennes, inespéré, venait donner corps à un point capital de la résolution numéro 1559 du Conseil de sécurité des Nations unies. Et, surtout, il rétablissait de facto comme de jure l'autorité intrinsèque du droit national. On sait en effet que le pacte refondateur de Taëf édictait que les forces syriennes, dites de maintien de la paix, devaient s'être retirées du Liban dans un délai de deux ans après ratification des réformes constitutionnelles. C'est-à-dire, au plus tard, en septembre 1992. Mais les Syriens, fortement épaulés par un pouvoir local parachuté, se sont accrochés malgré les injonctions de James Baker, le secrétaire d'État US, qui les avait alors relancés à cet effet. Et n'eût été la révolution du Cèdre, leur gauleiter de Anjar, Rustom Ghazalé, ou son successeur serait encore là, à dicter ses volontés au gouvernement et au Parlement libanais.
Un autre acquis de la révolution du Cèdre reste ce tribunal international, chargé de mettre en lumière la vérité sur l'assassinat de Rafic Hariri. Un tribunal spécial pour le Liban devenu réalité malgré les crocs-en-jambe successifs des prosyriens, qui sont allés, comme on sait, jusqu'à retirer leurs ministres du cabinet, squatter le centre-ville et déclencher des troubles de rue pour bloquer la marche de la justice.
Parallèlement, les souverainistes sont parvenus à décrocher la majorité parlementaire en 2005 puis en 2009. En dépit d'un lourd handicap électoral au niveau d'une communauté démographiquement puissante, comme en dépit de retournements marqués. Sans compter la pesante menace de ces armes qui ont été tournées vers l'intérieur un certain 7 mai funeste.
Comme le relève un professionnel chevronné de la politique, les rapports de force sur la scène libanaise ont toujours été conditionnés par l'apport d'appuis étrangers. Chaque camp parie sur telle ou telle puissance régionalement influente. Selon qu'elle se trouve au pinacle, par rapport à ses rivaux, ou qu'elle soit en déconfiture, la fraction locale qui aurait misé sur elle se retrouverait aux commandes ou marginalisée. Il s'agit donc, pour les joueurs libanais, de bien comprendre les donnes extérieures. Sauf que certains choix sont absolument forcés. Et sauf, aussi, que certains lisent mal le tableau.Cet homme d'expérience rappelle, en revenant à la genèse, qu'en 1943, les Libanais se divisaient en partisans de la...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut