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Nos lecteurs ont la parole

Liban Janus : la malédiction ?

Par Karim S. TABET
Depuis la nuit des temps, ce petit bout de terre caressé par la Méditerranée mais cerné par de goulus voisins et envié par de nombreux autres pays se débat dans ses contradictions et, tel un nageur pris dans la tourmente d'un tourbillon, essaie bon gré mal gré de garder la tête au-dessus de l'eau. On a beau l'envahir, vouloir l'assujettir, lui frénétiquement et régulièrement des coups, l'enfoncer vicieusement dans l'eau, ce petit bout de terre trouve encore des bouffées d'oxygène, mais poursuit toutefois, et malheureusement, son inexorable descente aux enfers. S'il résiste encore aux coups de butoir, il est évident qu'il faiblit aussi et se décompose à chaque fois un peu plus et que sa résurrection ne tiendrait ni du miracle (le Père Noël, on n'y croit plus) ni de la Providence, mais d'un sursaut national, responsable, et surtout éclairé.
Comme l'exprime si bien Milan Kundera, « dans le monde d'aujourd'hui on entend à peine la voix des petits ». En d'autres termes, tant que le destin de notre pays ne dépendra que du bon vouloir des uns et des autres, et aussi longtemps que la majorité de nos petits politiciens locaux ne sera pas lassée d'être ballottée, flouée, roulée ou même complice d'États « amis » et d'États poubelles qui se jouent de nous, nous montent les uns contre les autres et rient sous cape, le Liban ne jouira pas d'un seul instant de paix. Notre longue histoire en est la preuve évidente. De plus, tant que ce pays ne sera pas représenté par des hommes et des femmes de bonne volonté, pour qui l'intérêt national prime sur tout le reste, le cauchemar persistera. Et c'est là que le bât blesse, car aucun système politique civilisé ne peut être bâti sur ce maudit communautarisme qui nous harcèle depuis des siècles, nous hante quotidiennement et empêche l'épanouissement d'une vraie démocratie. La citoyenneté, la vraie, requiert transparence, respect et bien-être d'autrui et écoute de l'autre. « Il n'y a pas de bonheur sans dignité et aucun rêve n'est possible sans liberté », nous rappelle Yasmina Khadra. Assumons donc pleinement nos vraies responsabilités, réveillons-nous, soyons libres et ne craignons plus d'exiger que bonne volonté, courage et vision deviennent les vrais piliers sur lesquels notre Liban peut aspirer à être bâti. Accepter et souscrire au fait que le Liban est prédestiné à exister continuellement dans la tourmente n'est que la résultante d'un raisonnement fallacieux que nombreux ont encore intérêt à nous faire croire. Il n'existe pas de fatalisme en politique, mais par contre « en politique qui s'avilit ne se relève pas », notait Napoléon.
Olivier Rolin écrit : « Il y a toujours de la bassesse à accepter d'être dominé par qui fait de la contrainte l'instrument de son pouvoir. » À croire qu'il a vécu chez nous. Ce n'est ni en agitant continuellement le spectre de la guerre civile, ni en faisant durer la méfiance, la peur et la haine, ni en s'accordant à ne pas se mettre d'accord sur tout et rien, que nous trouverons notre salut. Alors que le monde évolue, que les barrières, ailleurs, tombent les unes après les autres, nous nous faisons au Liban un point d'honneur à ériger encore plus de barricades, à encourager les empoignades et à subir les affres de cette supercherie locale appelée démocratie consensuelle, à la grande joie et satisfaction de nos élus locaux.
À Corinthe, Alexandre le Grand rencontre le célèbre clochard-philosophe Diogène et lui dit : « Demande-moi ce que tu veux, je te le donnerai. » Et Diogène de lui répondre : « Ôte-toi de mon soleil. » À quand chez nous ?
Depuis la nuit des temps, ce petit bout de terre caressé par la Méditerranée mais cerné par de goulus voisins et envié par de nombreux autres pays se débat dans ses contradictions et, tel un nageur pris dans la tourmente d'un tourbillon, essaie bon gré mal gré de garder la tête au-dessus de l'eau. On a beau l'envahir, vouloir l'assujettir, lui frénétiquement et régulièrement des coups, l'enfoncer vicieusement dans l'eau, ce petit bout de terre trouve encore des bouffées d'oxygène, mais poursuit toutefois, et malheureusement, son inexorable descente aux enfers. S'il résiste encore aux coups de butoir, il est évident qu'il faiblit aussi et se décompose à chaque fois un peu plus et que sa résurrection ne...
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