Rechercher
Rechercher

Liban - La Situation

Nasrallah renverse la table et remet tout en question

Alors que l'attention de tous s'était récemment focalisée sur les municipales et que le Conseil des ministres d'aujourd'hui devait être décisif pour l'avenir de ce scrutin indispensable aux Libanais, car garant de la démocratie de proximité dans un pays où les seules autres élections directes servent à élire les députés, le discours de Hassan Nasrallah hier a vite fait de détourner les regards de cette échéance citoyenne par excellence. Élément d'autant plus négatif que même avant ce discours, la plupart des dirigeants rechignaient déjà à octroyer aux citoyens le droit d'élire directement leur président de municipalité et de consacrer des réformes qui auraient dû être appliquées depuis bien longtemps. Aujourd'hui, le Conseil des ministres tranchera, dit-on, mais le climat général - qui n'allait pas les semaines précédentes dans le sens de la tenue des municipales - est décidément de plus en plus négatif sur ce plan. Ainsi, à en croire Moustapha Allouche, « certaines parties politiques ne veulent pas la tenue des élections parce qu'elles ne sont pas prêtes ». Un avis largement partagé par Samir Geagea, et conforté par des sources proches du ministère de l'Intérieur. Ziyad Baroud aurait affirmé récemment que « les élections n'auront pas lieu à cause de l'insistance de certaines parties influentes qui désirent les ajourner pour diverses considérations ». Jean Oghassabian a indiqué pour sa part que « le Conseil des ministres va trancher pour ce qui est des réformes mais la date de la tenue des élections dépendra largement du rythme de travail du Parlement ». Hier, le président de la République, Michel Sleiman, recevait justement à Baabda les députés hezbollahis Hassan Sayyed et Mohammad Raad en préparation du Conseil des ministres d'aujourd'hui. Pour rappel, la position du président est claire sur ce plan, ce dernier ayant récemment affirmé que « l'important c'est que les élections aient lieu », avec ou sans réformes.

Le sort de la nationalité
L'heure était pourtant à la détente après le discours de Saad Hariri, le 14 février, et ce climat avait un temps laissé croire que les municipales pourraient se tenir dans les délais, sans trop de complications. Le quotidien koweïtien al-Qabas notait ainsi hier que les propos du Premier ministre avaient tranquillisé toutes les parties, mais c'était sans compter le discours enflammé prononcé par Hassan Nasrallah hier à l'occasion de la Journée du martyr. Avec William Burns - sous-secrétaire d'État américain pour les Affaires étrangères - à Beyrouth, en train de certifier que l'aide militaire US au Liban ne saurait tarder, Hassan Nasrallah a choisi d'affirmer haut et fort qu'avec « notre résistance, notre armée et notre peuple,  nous sommes capables de protéger notre pays sans l'aide de quiconque ». Il convient de souligner que cette déclaration intervient alors même qu'Élias Murr est revenu à Beyrouth après un déplacement aux Etats-Unis où il a surtout discuté de l'aide militaire US à l'armée libanaise. De plus, Michel Sleiman, recevant William Burns à Baabda, avait insisté hier sur la nécessité d'accélérer l'aide US à l'armée et aux différentes forces de sécurité. Ce dernier avait à son tour promis « le soutien » de son pays au Liban, notamment dans le domaine militaire, et a en outre indiqué que « les canaux de communication » avec le Liban resteraient ouverts.
Avant cela, Hassan Nasrallah s'était attelé à s'en prendre à la proposition d'Amine Gemayel tendant à faire du Liban un pays neutre, en se demandant si « une fois neutre, le Liban serait à l'abri d'une attaque israélienne », puis Nasrallah s'est employé à attaquer les propos de Samir Geagea - pour qui l'existence même de la résistance constitue un prétexte de guerre pour Israël - en soulignant que « de tels propos sont très dangereux sur le plan national ». Un peu plus tôt dans la journée, c'est Ali Hassan Khalil qui avait relevé que « les voix qui se sont élevées le 14 février pour dénoncer les armes de la résistance ne surprennent plus personne et n'affectent plus grand monde ». Nasrallah a également et surtout déclaré qu'il acceptait de relever le défi avec Israël en affirmant que si ce dernier attaquait « l'aéroport du martyr Rafic Hariri, nous attaquerons l'aéroport Ben Gourion ». Décision délibérée de hausser le ton face à Israël ou tentative de faire de l'ombre au dossier des élections municipales, toujours est-il que celles-ci semblent, après ce discours, reléguées au rang de détail presque insignifiant.
Autre développement qui a été de nature à bouleverser les priorités, les récents et graves incidents de Aïn el-Héloué où des armes moyennes ont été utilisées. À ce sujet, Mounir Makdah a déclaré, lors d'un entretien accordé à la chaîne de télévision OTV, qu'il est temps d' « ouvrir le dossier palestinien afin d'organiser la présence palestinienne dans toutes les régions libanaises ».
Tous ces éléments, additionnés aux désaccords de départ qui entourent les réformes de la loi sur les municipales, ne sont pas de nature à présager de leur tenue prochaine, bien que tous les vœux publics de tous les responsables politiques vont dans le sens de leur tenue dans les délais. Aucun d'entre eux n'étant en fait désireux d'assumer politiquement la responsabilité de leur ajournement.
Alors que l'attention de tous s'était récemment focalisée sur les municipales et que le Conseil des ministres d'aujourd'hui devait être décisif pour l'avenir de ce scrutin indispensable aux Libanais, car garant de la démocratie de proximité dans un pays où les seules autres élections directes servent à élire les députés, le discours de Hassan Nasrallah hier a vite fait de détourner les regards de cette échéance citoyenne par excellence. Élément d'autant plus négatif que même avant ce discours, la plupart des dirigeants rechignaient déjà à octroyer aux citoyens le droit d'élire directement leur président de municipalité et de consacrer des réformes qui...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut