Le sort de la nationalité
L'heure était pourtant à la détente après le discours de Saad Hariri, le 14 février, et ce climat avait un temps laissé croire que les municipales pourraient se tenir dans les délais, sans trop de complications. Le quotidien koweïtien al-Qabas notait ainsi hier que les propos du Premier ministre avaient tranquillisé toutes les parties, mais c'était sans compter le discours enflammé prononcé par Hassan Nasrallah hier à l'occasion de la Journée du martyr. Avec William Burns - sous-secrétaire d'État américain pour les Affaires étrangères - à Beyrouth, en train de certifier que l'aide militaire US au Liban ne saurait tarder, Hassan Nasrallah a choisi d'affirmer haut et fort qu'avec « notre résistance, notre armée et notre peuple, nous sommes capables de protéger notre pays sans l'aide de quiconque ». Il convient de souligner que cette déclaration intervient alors même qu'Élias Murr est revenu à Beyrouth après un déplacement aux Etats-Unis où il a surtout discuté de l'aide militaire US à l'armée libanaise. De plus, Michel Sleiman, recevant William Burns à Baabda, avait insisté hier sur la nécessité d'accélérer l'aide US à l'armée et aux différentes forces de sécurité. Ce dernier avait à son tour promis « le soutien » de son pays au Liban, notamment dans le domaine militaire, et a en outre indiqué que « les canaux de communication » avec le Liban resteraient ouverts.
Avant cela, Hassan Nasrallah s'était attelé à s'en prendre à la proposition d'Amine Gemayel tendant à faire du Liban un pays neutre, en se demandant si « une fois neutre, le Liban serait à l'abri d'une attaque israélienne », puis Nasrallah s'est employé à attaquer les propos de Samir Geagea - pour qui l'existence même de la résistance constitue un prétexte de guerre pour Israël - en soulignant que « de tels propos sont très dangereux sur le plan national ». Un peu plus tôt dans la journée, c'est Ali Hassan Khalil qui avait relevé que « les voix qui se sont élevées le 14 février pour dénoncer les armes de la résistance ne surprennent plus personne et n'affectent plus grand monde ». Nasrallah a également et surtout déclaré qu'il acceptait de relever le défi avec Israël en affirmant que si ce dernier attaquait « l'aéroport du martyr Rafic Hariri, nous attaquerons l'aéroport Ben Gourion ». Décision délibérée de hausser le ton face à Israël ou tentative de faire de l'ombre au dossier des élections municipales, toujours est-il que celles-ci semblent, après ce discours, reléguées au rang de détail presque insignifiant.
Autre développement qui a été de nature à bouleverser les priorités, les récents et graves incidents de Aïn el-Héloué où des armes moyennes ont été utilisées. À ce sujet, Mounir Makdah a déclaré, lors d'un entretien accordé à la chaîne de télévision OTV, qu'il est temps d' « ouvrir le dossier palestinien afin d'organiser la présence palestinienne dans toutes les régions libanaises ».
Tous ces éléments, additionnés aux désaccords de départ qui entourent les réformes de la loi sur les municipales, ne sont pas de nature à présager de leur tenue prochaine, bien que tous les vœux publics de tous les responsables politiques vont dans le sens de leur tenue dans les délais. Aucun d'entre eux n'étant en fait désireux d'assumer politiquement la responsabilité de leur ajournement.

