Les grandes fortunes sont en baisse ! Selon un rapport que publient annuellement Capgemini et Merrill Lynch, le nombre et la fortune des individus à hauts revenus nets (HNWI) ont baissé respectivement de 15 % et 20 %. La situation est encore pire chez les individus à très hauts revenus nets (ultra-HNWI) qui ont vu leur nombre diminuer de près de 25 % et leur fortune de 24 %. Cela dit, ces personnes ne sont pas vraiment à plaindre. Un HNWI est une personne qui a la possibilité d'investir au moins un million de dollars alors qu'un « ultra » a à sa disposition un minimum de trente millions de dollars.
Cela dit, ils ressemblent à tout un chacun en une chose : la réduction de leurs disponibilités financières se traduit par des économies. Si les très riches continuent à acheter œuvres d'art, bijoux, pierres précieuses et autres objets de luxe, ils ont par contre réduit leurs dépenses philanthropiques ; un phénomène qui impacte sérieusement l'existence de certaines organisations non gouvernementales (ONG).
Il existe des ONG pour pratiquement toutes les causes. Certaines sont éphémères et perdurent le temps d'une crise. D'autres existent depuis des dizaines d'années. Ces organisations vivent le plus souvent de la générosité de donateurs. La raréfaction des dons provoque évidemment des problèmes budgétaires. Ce qui est plus grave est le fait que le tarissement de leurs ressources est en train de provoquer une mutation de certaines de ces organisations.
Les membres d'une ONG sont généralement unis autour de la cause qui lui a donné naissance. Le plus souvent, il règne une ambiance bon enfant au sein de l'organisation et les employés acceptent souvent d'être payés en dessous des normes du marché parce qu'ils ont la satisfaction de servir cette cause. Aujourd'hui, la situation a commencé à se modifier. Certaines ONG ont en effet entamé un processus de professionnalisation pour capter la part la plus importante des ressources disponibles. Pour cela, elles se sont adressées à des firmes spécialisées pour augmenter leur efficience. Elles ont établi des diagnostics et dressé des plans stratégiques à 5 ans. Les ONG se sont aussi mises à importer des techniques managériales utilisées par les firmes à but lucratif pour rationaliser leurs méthodes de gestion. Cette mutation s'est faite et continue à se faire à la plus grande satisfaction de ceux qu'on appelle les « nouveaux » philanthropes. Il s'agit d'entrepreneurs qui ont très brillamment réussi dans leurs secteurs d'activités et qui veulent répliquer la recette de leur succès dans le domaine de la philanthropie. En un mot, ces personnes veulent que les fonds qu'ils donnent soient employés de la façon la plus efficace possible de façon à voir l'effet de leurs dons maximisés. Les techniques que les nouvelles ONG sont en train de mettre en œuvre laissent penser que les fonds recueillis seront effectivement utilisés de la façon la plus efficiente. De plus, les ONG mutantes rassurent ces donateurs en utilisant des techniques qu'ils valorisent et en parlant leur langage.
Alors, tout va pour le mieux ? Le danger est de voir ces mêmes ONG ne plus raisonner qu'en termes de « coût d'opportunité », d'« effective time management », de « coaching for success » et autre « influencial leadership ». En confondant la fin et les moyens, elles perdraient leur raison d'être et sans doute une bonne partie de leur personnel : on ne consent pas à des sacrifices pour un bilan comptable.
*Spécialiste en stratégie et théorie des organisations - Centre de recherche, d'études et de développement (CRED) de l'ESA.
En coopération avec :ESA


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