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Liban - Le Commentaire

Un gouvernement tampon qui constitue bien plus un problème qu’une solution

Il a fallu deux tentatives de Saad Hariri et cinq bons mois pour mettre sur pied l'actuel cabinet. C'est dire si ce montage est artificiel et, par là, précaire. Aussi grippé de l'intérieur que le précédent, il ne parvient pas à mettre en chantier les réformes administratives, politiques et financières requises. Ou encore électorales, comme on le voit avec les municipales.
Selon des professionnels avertis, il y a donc tout lieu de s'inquiéter. Car si du temps de la tutelle syrienne, le Liban se voyait interdire de se gouverner lui-même, aujourd'hui qu'il est libéré il s'en montre incapable.
Mais, se hâtent-ils de souligner, le pays politique bénéficie, en quelque sorte, de circonstances atténuantes. Il traverse en effet une période transitoire, marquée par la formule à caractère explicitement provisoire dite de Doha. Un arrangement exceptionnel qui tourne le dos au pacte national de Taëf, à la Constitution qui en découle comme au régime de démocratie parlementaire. Un principe premier qui commande que la majorité gouverne tandis que la minorité s'oppose. On a décidé à Doha de les mettre ensemble au pouvoir. Mais elles ne s'entendent ni sur le programme de gouvernement ni sur les constantes nationales. Il n'est donc pas surprenant que le cabinet manque de cohésion, autre impératif de la démocratie bien comprise. Qui se trouve de même bafouée par la règle imposant que toute résolution doit être prise à l'amiable, sans recours au vote. À partir de là, et pour rester poli, on peut estimer que c'est, encore une fois, un gouvernement de dialogue, et non de décisions, qui se trouve en place. Et la machine d'État en reste paralysée.
Le regretté leader historique Hamid Frangié relevait, aux premiers jours de l'indépendance nationale, que « les choses mauvaises sur lesquelles nous nous entendrions seraient encore préférables à de bonnes choses qui nous mettraient en conflit. » Logique imparable, sauf qu'il faut avant tout s'entendre. Et que le sens de l'intérêt national est loin d'être aussi largement partagé aujourd'hui que jadis.
Un déficit que le président de la République, Michel Sleiman, s'efforce de combler en rapprochant les points de vue autant que faire se peut. Car il est également convaincu de la nécessité vitale de l'entente, même si cela signifie l'adoption de solutions approximatives. Tout compromis reste à ses yeux meilleur qu'une décision qui donnerait satisfaction à une partie, mais en irriterait une autre. Ce qui serait dangereux pour la stabilité interne, sinon pour la paix civile. Dans le même ordre d'idées, le maintien du statu quo, par rapport à l'administration et aux nominations, par exemple, vaut mieux qu'un changement qui risquerait d'être contesté par les uns ou par les autres.
Le Liban politique vit donc actuellement une phase de transition, et non de refondation. Mais elle se présente comme redoutablement viciée à la base. À cause de cette inadmissible hérésie, de ce contresens ahurissant qu'est la démocratie consensuelle adoptée à Doha. Les prosyriens veulent la promouvoir en système permanent. Ce qui signifie que tous les gouvernements à venir seraient aussi voués à l'échec que l'actuel et le précédent. Leur seul souci serait de prévenir une explosion interne. Mais tôt ou tard, les conflits déchirant le pouvoir jumelé provoqueraient une discorde étendue à la rue. Il est donc absolument nécessaire que les prosyriens conviennent que la solution Doha, retenue justement pour éviter le pire, s'inscrive au rayon du cas de force majeure et n'ait qu'un caractère provisoire d'exception confirmant la règle. Tout comme ces cabinets d'union formés, dans tout pays, quand une guerre éclate ou qu'une calamité se produit. Pour disparaître une fois la paix, ou la normale, revenues.
Le Liban est certes confronté actuellement, en raison de ses fortes contradictions intérieures comme à cause de facteurs extérieurs, à une situation d'exception justifiant l'amalgame majorité-minorité. Mais il y a quand même, quand on parle de cabinet d'union, une logique d'État, et de nation, à respecter. Il est ainsi incompréhensible, et tout à fait inadmissible, qu'il n'y ait toujours pas d'accord sur le code électoral à retenir pour des municipales prévues pour cette année même.
Il a fallu deux tentatives de Saad Hariri et cinq bons mois pour mettre sur pied l'actuel cabinet. C'est dire si ce montage est artificiel et, par là, précaire. Aussi grippé de l'intérieur que le précédent, il ne parvient pas à mettre en chantier les réformes administratives, politiques et financières requises. Ou encore électorales, comme on le voit avec les municipales.Selon des professionnels avertis, il y a donc tout lieu de s'inquiéter. Car si du temps de la tutelle syrienne, le Liban se voyait interdire de se gouverner lui-même, aujourd'hui qu'il est libéré il s'en montre incapable.Mais, se hâtent-ils de souligner, le pays politique bénéficie, en quelque sorte, de circonstances atténuantes. Il traverse en...
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