Liban

Grave impair à l’Université antonine portant atteinte à la présidence du Conseil

Scandale C'est plus qu'un impair ; c'est de l'indélicatesse poussée jusqu'à ses derniers retranchements, un comportement sans doute délibéré et prémédité, reflétant une absence totale d'éthique universitaire et académique, voire même une certaine malhonnêteté intellectuelle.
OLJ
12/02/2010
C'est en effet en reprenant à son propre compte un article paru dans une revue étrangère dénonçant « la corruption » de l'ancien Premier ministre assassiné Rafic Hariri et affirmant que celui-ci « n'était pas plus corrompu que son rival Sélim Hoss » que la vice-présidente de l'Université antonine de Baabda pour les affaires culturelles, Pascale Lahoud, a ouvert hier un colloque placé, de surcroît, sous le patronage du Premier ministre Saad Hariri et auquel avaient été conviés à participer, outre M. Hariri, plusieurs personnalités sunnites, dont... Sélim Hoss !
Le colloque devait initier un débat sur la présidence du Conseil et ses prérogatives face aux prérogatives du Conseil des ministres et des membres du gouvernement en général. Les allusions déplacées de la responsable des affaires culturelles ont provoqué un tollé dans les milieux sunnites. La présidence du Conseil a retiré son parrainage et les trois personnalités sunnites qui devaient participer aux travaux, Fouad Siniora, Selim Hoss et Tammam Salam ont publié, chacun de son côté, un communiqué stigmatisant vivement cet impair et indiquant qu'ils suspendaient leur participation au séminaire. Face à ce tollé, la présidence de l'Université antonine a suspendu les travaux du colloque, affirmant qu'elle voue le plus grand respect à la présidence du Conseil, à M. Saad Hariri et à la famille Hariri. De son côté, le secrétaire général de l'Université antonine, le père Fady Fadel, a présenté des excuses publiques, rendant hommage dans ce cadre à l'action menée par Rafic Hariri.
C'est ainsi au cours de la séance inaugurale de ce séminaire que la responsable des affaires culturelles de l'université a commencé son discours en citant une étude parue au début de l'année dans la revue The Leadership Quaterly, ayant pour titre : « La dynamique du commandement corrompu et productif : les leçons de l'expérience politique de Rafic Hariri au Liban. » La responsable des affaires culturelles a bien pris soin de préciser au début de son intervention que « le plus grave, c'est que la teneur de cette étude n'est pas totalement infondée ». Et de citer l'un des passages de cette étude : « Rafic Hariri était un leader productif et efficace et il était aussi corrompu. Mais il n'était pas plus corrompu que d'autres leaders au sein de la société libanaise et il n'était évidemment pas plus corrompu que son rival Sélim Hoss. D'où le fait qu'il est correct de classifier la méthode de gouvernement de Rafic Hariri sous le registre "leadership corrompu et efficace". Ce mode de commandement s'inscrit dans le cadre de la corruption forcée, en ce sens qu'il (Rafic Hariri) n'agit pas de la sorte uniquement pour son intérêt personnel, mais pour l'intérêt public. Il s'agit de la meilleure attitude possible dans les sociétés corrompues. »
La responsable des affaires culturelles de l'Université antonine a ensuite ajouté que « le prestige de la présidence du Conseil nécessite une action soutenue afin de combattre la culture de la corruption et la réputation de corruption qui colle à la peau de nos politiciens et de notre société. »
Plusieurs personnalités présentes ont protesté contre de tels propos, mais l'intervenante a quand même poursuivi son allocution, ce qui a poussé le député Tammam Salam, ainsi que Daoud Sayegh, conseiller du Premier ministre, et Aref el-Abed, représentant l'ancien chef du gouvernement Fouad Siniora, à se retirer de la séance.
De son côté, le ministre de l'Information Tarek Mitri, représentant le Premier ministre à la cérémonie d'ouverture du colloque, a pris la parole pour prononcer son allocution, mais il a commencé par dénoncer vivement les propos tenus par la responsable des affaires culturelles, soulignant, en s'adressant directement à cette dernière, que ses propos ont fait preuve de « légèreté » et qu'ils ont reflété « un manque de rigueur et de précision ».
Dans l'après-midi, le secrétaire général de l'Université antonine, le père Fady Fadel, a accordé à La Voix du Liban une interview express dans laquelle il a présenté des excuses publiques à la suite de cet impair, mettant l'accent sur le fait que l'Université antonine a toujours apprécié à sa juste valeur l'action du président-martyr Rafic Hariri.
Pour sa part, la présidence de l'université a publié un communiqué soulignant qu'il est « évident que c'est le président de l'université qui exprime le point de vue de l'établissement », affirmant que l'université voue le plus profond respect à « la présidence du Conseil et à la personne du Premier ministre », de même qu'elle a beaucoup d'« estime pour la famille Hariri et pour tous les anciens présidents du Conseil ». Après avoir réaffirmé son souci de préserver la dignité des responsables et des leaders, le communiqué a annoncé la suspension du colloque.
Auparavant, la présidence du Conseil avait publié un communiqué dénonçant les propos qui ont « porté atteinte à la mémoire du président-martyr Rafic Hariri, au président Sélim Hoss et à la présidence du Conseil ». Qualifiant cette attitude de « contraire aux normes scientifiques », d'«irrespectueuse » et d'« anormale » au sein d'une institution scientifique, la présidence du Conseil a annoncé le retrait du parrainage accordé au colloque par le Premier ministre.
Enfin, le député Tammam Salam et les anciens Premiers ministres Fouad Siniora et Sélim Hoss ont publié des communiqués stigmatisant les atteintes à la présidence du Conseil et le manquement à l'éthique académique et universitaire, et annonçant qu'ils suspendaient leur participation au colloque.

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