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Nos lecteurs ont la parole

Des yeux pour voir, non pour pleurer

Par Georges TYAN

Je fus élève d'une de ces bonnes écoles où l'on nous martelait en latin à longueur de journée scolaire que le moi est haïssable, l'ego, ce fameux ego dont nul n'arrive à se départir.
C'est normal, nous vivons dans un pays où chacun veut tirer la couverture à lui. Si l'autre a froid, il n'a qu'à brûler la cabane pour se réchauffer, très bien, tout le monde sera ainsi logé à la même enseigne, donc parmi les décombres.
Je pensais que trente ans de guerre, de misère, de pleurs, de massacres auraient changé les mentalités. Nenni, on s'enfonce encore plus dans le tourment des désillusions, des divisions, du sectarisme et des surenchères qui à ce train-là ne nous mèneront que droit dans le mur.
Le critique est aisée, certes, elle est même d'une facilité déconcertante d'autant plus que la caste politique ne fait qu'y prêter le flanc.
Il a fallu, si mes souvenirs sont bons, presque un an pour avoir un président de la République, huit mois pour former un gouvernement pompeusement prénommé d'union nationale, cocktail détonant de gens venus d'horizons antagonistes, censés se mettre d'accord sur la gestion à tout le moins quotidienne, du pays.
Les problèmes d'importance étant l'apanage des chefs de file, il seront, nous dit-on, traités autour d'une table ronde, pourvu que comme nous ils n'aient pas le tournis.
En attendant, c'est un peu l'aboulie. Il existe une multitude de dossiers en suspens, des postes sensibles à pourvoir d'urgence pour sortir l'État du coma où il se trouve, tout le monde y va de sa ritournelle, mais nul ne veut ou ne peut agir parce qu'il n'a pas les coudées franches.
Et l'on s'étonne qu'inquiet, le président syrien préconise un changement drastique du système libanais, ses poulains n'ayant pu, en dépit du chantage affectif auquel ils se sont livrés pour détourner le résultat des élections législatives, faire culbuter le pays dans leur giron.
Ce n'est pas faute d'avoir essayé, sans vouloir les dédouaner auprès de leur patron, d'atténuer son courroux à leur égard, mais dans ce pays il a toujours existé, il existe et il existera une résistance au suivisme aveugle, à l'injustice, conjuguée à la soif de voir naître un État où le droit dans toute la quintessence du terme serait prépondérant.
Des illuminés, il y en comme les feuilles mortes, à la pelle. Nous n'avons nul besoin au moment où il faut faire simple de compliquer les choses, envenimer le débat pour finalement servir de chair à canon à ceux qui, à défaut de remettre la main sur le pays d'une manière qu'ils veulent naturelle, tenteront de le faire par le biais du chaos, étant passés maîtres en la matière.
Les propos du président syrien ne sont pas innocents, ce n'est pas une mise en garde ou une semonce, de plus je n'ai pas souvenance que le personnage se soit jamais permis de lancer des paroles en l'air ou de plaisanter en public. À mon avis, il n'a fait qu'énoncer les premiers mots d'un programme minutieusement élaboré, divulgué à l'approche du 14 février.
Date fatidique, date butoir qui a sonné le glas des incohérences que nous avons vécues, elle a été retenue pour commémorer le sacrifice de tous les martyrs qui ont donné jusqu'à leur vie pour la pérennité, la liberté et l'indépendance de ce pays.
Restons-en là, inutile de réveiller les démons du passé. Sans pour autant l'occulter, il faut en retirer les leçons afin de baliser le chemin et éviter de tomber dans les mêmes ornières qui l'ont depuis toujours jalonné.
Avec les kilomètres d'erreurs commises tout au long de ces dernières années, ce n'est point difficile, encore faut-il utiliser ses yeux pour voir, regarder résolument l'avenir, le bien construire, mettre le pays à l'abri des convoitises qui ne s'arrêteront jamais, et non pour pleurer un passé souvent fort peu reluisant.

 

Georges TYAN
Conseiller municipal de Beyrouth

Je fus élève d'une de ces bonnes écoles où l'on nous martelait en latin à longueur de journée scolaire que le moi est haïssable, l'ego, ce fameux ego dont nul n'arrive à se départir.C'est normal, nous vivons dans un pays où chacun veut tirer la couverture à lui. Si l'autre a froid, il n'a qu'à brûler la cabane pour se réchauffer, très bien, tout le monde sera ainsi logé à la même enseigne, donc parmi les décombres.Je pensais que trente ans de guerre, de misère, de pleurs, de massacres auraient changé les mentalités. Nenni, on s'enfonce encore plus dans le tourment des désillusions, des divisions, du sectarisme et des surenchères qui à ce train-là ne nous...
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