Les recommandations des bureaux d'analyse financière ont-elles une influence sur la valorisation boursière des actions ? Si la réponse est négative, on peut se prendre à douter perfidement de leur utilité, et si la réponse est affirmative, il convient de savoir quelle est la mesure de cette influence. Une étude récente (Loh et Stulz, NBER W15036) nous éclaire sur cette question cruciale, tant d'un point de vue pratique pour chaque investisseur, que sur un plan théorique pour l'efficience des marchés.
Tous les investisseurs institutionnels, banques, sociétés d'investissement ou compagnies d'assurances suivent avec régularité les publications des analystes financiers, guettant les conseils d'achat ou de vente qui bonifieront les performances de leur portefeuille d'investissement. Les particuliers s'informent également sur les opinions des analystes, soit ponctuellement à travers la presse financière spécialisée (ou sites Internet), soit plus globalement en observant la moyenne des prévisions et opinions existantes, appelée « consensus » des analystes. Et c'est justement selon la situation d'une analyse par rapport à ce consensus que celle-ci peut avoir un impact sur les décisions des investisseurs en Bourse.
Voici en effet les principaux résultats qu'il faut retenir.
Tout d'abord, il s'avère qu'une recommandation (d'achat, de vente ou de conservation d'un titre) a plus de chances d'être influente si elle se situe hors du consensus. Il est naturellement impossible que toutes les prévisions des bureaux d'analyse aient le même impact sur les cours, ni la même corrélation, positive ou négative, avec les variations de cours des titres cotés. Il apparaît en effet que 25 % des analystes ne produisent jamais de recommandation coïncidant avec un mouvement boursier suffisamment significatif. Mais pour attirer l'attention, il est préférable d'être visible, différent ou atypique.
Ensuite, il a été mis en évidence que les opinions émises par les analystes ont d'autant plus de chances d'être influentes qu'elles s'accompagnent d'une (ré)estimation des bénéfices de la firme considérée. La simple annonce d'une modification de recommandation se voit donc moins suivie qu'une analyse financière plus chiffrée.
Autre élément non négligeable, si l'entreprise étudiée est importante, et fait donc l'objet de nombreuses analyses, une recommandation supplémentaire a une plus grande probabilité d'être noyée dans la masse. De la même manière, plus le consensus s'appuie sur une grande quantité d'analyses convergentes, plus il est difficile de le remettre en cause avec une opinion différente. Il est donc plus aisé pour un analyste d'influencer l'opinion des investisseurs sur une firme pour laquelle il existe assez peu de prévisions.
Enfin, sur un plan plus commercial, lorsque la recommandation d'un bureau d'analyses semble avoir de l'influence, cela incite les autres bureaux à revoir leurs prévisions et produire de nouvelles recommandations, conformes ou non à la première. Plus celle-ci est influente, plus les révisions des autres analystes tendent à y être sensibles, et plus les transactions sur le titre en question ont tendance à s'accroître, ce qui génère une plus grande liquidité mais aussi davantage de volatilité.
Si l'utilité d'un consensus d'analystes financiers n'est plus à prouver, l'art de savoir s'en écarter accroît donc l'influence de l'opinion émise. De leur côté, les statisticiens n'ignorent pas que la loi normale (gaussienne) n'est pas bornée, et les sociologues que la norme doit être un point de repère et non un carcan.
(*) Spécialiste de finance à l'Université de Poitiers, professeur à l'ESA.
En coopération avec : l'ESA


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve