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Liban

Cinq corps identifiés, de nouveaux restes humains retrouvés

Cinq corps des 90 victimes du crash du Boeing d'Ethiopian Airlines, qui s'était abîmé peu après son décollage de l'aéroport de Beyrouth, ont été identifiés hier. Il s'agit des cadavres de Mohammad Kreik, Julia Hajj, Anis Safa, Haïdar Marji et Tony Zakhem.
28/01/2010
Au troisième jour du drame d'Ethiopian Airlines, six corps des quatorze repêchés au large de Beyrouth lundi dernier ont été identifiés. Mardi déjà, Hassan Tajeddine, 48 ans, avait été enterré dans son village de Hanaway (caza de Tyr).
Cinq autres victimes ont été identifiées hier. Il s'agit de Mohammad Kreik, Julia Hajj, Anis Safa, Haïdar Marji et Tony Zakhem. C'est ce qu'a annoncé le ministre de la Santé, Mohammad Jawad Khalifé, aux journalistes présents à l'hôpital universitaire de Beyrouth à Jnah. Notant qu'il reste huit corps à identifier, il a souligné que cinq de ces corps appartiennent à des Éthiopiens, probablement les membres de l'équipage - au vu du costume qu'ils portaient -,
et trois autres à des passagers blancs. Il a également précisé que les tests ADN sont en cours pour procéder à leur identification.
Le Dr Khalifé a expliqué que l'identification des cinq corps s'est faite à trois niveaux : la reconnaissance des victimes par leur famille, le travail effectué par les services d'anthropométrie et les tests ADN.
Il a également noté que l'identification des corps des cinq Éthiopiens se fera notamment grâce aux empreintes digitales et à leurs dossiers médicaux, les cadavres des membres de l'équipage étant en bon état.
Le ministre a aussi précisé que 20 restes humains avaient également été retrouvés lundi, notant que les tests ADN sont actuellement en cours pour leur identification. Hier en soirée, l'hôpital universitaire de Beyrouth a reçu des restes supplémentaires.
Hier, trois des cinq victimes identifiées ont été remises à leur famille. Il s'agit d'Anis Safa, de Haïdar Marji et de Tony Zakhem. Les familles de Julia Hajj et de Mohammad Kreik, âgés de moins de deux ans et ayant péri avec des proches, ne se sont pas présentées à l'hôpital.
La petite Julia Hajj, âgée d'un an et quelques mois, a péri avec sa mère Rana Haraké, 28 ans, originaire de Bourj Barajneh, et son père Mohammad Hajj, originaire de Jouaya. Il avait célébré le jour du crash son 55e anniversaire. Mohammad Hajj possède des entreprises au Congo, dont une compagnie d'aviation. La petite Julia a été identifiée grâce à ses boucles d'oreilles.
Mohammad Kreik, deux ans, était avec son père Hassan à bord du vol. Ils partaient aussi pour le Congo. La famille de Mohammad a refusé de recevoir le corps, attendant probablement que le père du petit garçon soit retrouvé.

Un grain de beauté
En début d'après-midi, Ali, le fils d'Anis Safa, originaire de Zebdine au Liban-Sud, est arrivé à l'hôpital. Ali, 31 ans, est avocat à Londres. Il est rentré au Liban lundi soir, après avoir été informé par sa mère du drame. « J'ai vu les images du crash à la BBC, mais à aucun moment je n'ai pensé que mon père était à bord du vol. Puis ma mère m'a téléphoné... » Ali a pris le premier avion pour Beyrouth. Mardi matin, il a identifié le corps de son père. « J'ai vu son torse. Je n'ai pas regardé son visage... Mon père avait un grain de beauté au-dessus de la lèvre. Ma sœur Lara a donné du sang pour le test ADN », raconte-t-il.
Anis Safa était père de trois enfants, Ali, Lara et Chirine. Il possédait une entreprise à Angola et employait en Afrique 120 personnes. La famille avait perdu un cousin, Houssam Safa, lors du crash de Cotonou le 25 décembre 2003.
Un homme, venu avec Ali à l'hôpital, affirme calmement : « Il y a eu déjà deux crashs à bord desquels ont péri des Libanais travaillant en Afrique... Il est temps que la Middle East Airlines desserve correctement ce continent. »
Un peu plus tard, un convoi de voitures portant les portraits de Haïdar Marji est arrivé à l'hôpital universitaire de Beyrouth. Marji est originaire de Zebdine au Liban-Sud. Il est âgé de 35 ans. Il était père de deux enfants en bas âge et avait l'habitude de venir au Liban deux à trois fois par mois. Son corps a été transporté à la husseiniyé de Chiyah.
Le corps de Tony Zakhem a été transporté à l'Hôpital orthodoxe. Il était âgé de 36 ans et originaire de Deddé, caza du Koura. Ingénieur civil, il travaillait avec son frère Élie en Afrique. Il sera inhumé aujourd'hui dans son village natal.

L'espoir de trouver des restes...
Mises à part les familles des victimes identifiées, plusieurs proches des 54 Libanais ayant péri dans le crash se sont rendus à l'hôpital universitaire de Beyrouth... « Juste au cas où », disaient-ils.
Kamal Ammar attend devant l'hôpital avec un groupe d'hommes tous venus de Nabatiyeh. Il était l'ami de Ali Ahmad Jaber, une des victimes du crash. Depuis lundi, Kamal vient tous les matins à six heures à Beyrouth et repart à dix-huit heures à Nabatiyeh. « Avec les amis, nous nous relayons, nous passons la journée entre la corniche à Ouzaï où les secouristes se sont déployés et l'hôpital. Peut-être qu'on trouvera quelque chose, qu'on saura ce qu'il est devenu. Peut-être qu'on pourra reconnaître un objet qui lui appartenait », dit-il.
Ali Ahmad Jaber avait 39 ans. Il devait effectuer une escale à Addis-Abeba avant de se rendre au Gabon où il travaillait. Il était père de quatre enfants.
Ali Menassa vient lui aussi tous les jours, de six heures à 18 heures, à l'hôpital. Son beau-frère, Hussein Ali Farhat, originaire de Baraachit, était à bord du vol. Hussein travaillait au Congo. Il était âgé de 42 ans et avait cinq enfants. « Il rentrait au Liban tous les trois mois. Au cours de son dernier séjour, il n'a pas eu le temps de voir sa sœur, qui habite Beyrouth avec moi. Ma femme ne veut pas recevoir les condoléances. Elle dit que son frère n'est pas mort... Peut-être, sait-on jamais », dit-il. Mais réaliste, il affirme aussitôt : « Lundi, nous sommes venus à l'hôpital dans l'espoir de trouver des survivants, mardi nous avons attendu des corps et aujourd'hui nous prions pour qu'ils puissent retrouver quelques restes. »
Hussein Ali Farhat était accompagné à bord du vol de son beau-frère Saïd Zahr, originaire de Haris. Ce dernier était âgé de trente ans et sa femme était enceinte.
Un peu plus loin, une femme en noir attend avec son mari. Le couple est venu s'enquérir du sort de Yasser Ismaël, âgé de 36 ans et originaire de Zawtar al-Charkié. Âgé de 36 ans, il travaillait en Angola et était père de deux enfants. « C'est mon beau-frère, dit-elle. Il devait quitter le Liban jeudi dernier, puis, au dernier moment, il a changé d'avis, annulé sa réservation et réservé pour dimanche. Il voulait rester plus de temps avec sa femme. Ma sœur était tellement heureuse jeudi... »

Obligées de travailler à l'étranger
Un peu plus loin, un groupe de ressortissantes éthiopiennes attendent. Annie est venue voir si on a retrouvé Eyvusaleh, qui rentrait pour la première fois chez elle après avoir travaillé durant cinq ans au Liban. « Elle est originaire de mon village, en Éthiopie. Ma famille m'a informée qu'elle était à bord du vol. Elle avait 25 ans. »
Une dizaine d'autres Éthiopiennes sont venues spontanément pour la troisième journée consécutive à l'hôpital. « Ce sont les enfants de notre pays. Nous sommes tous concernés. Nous sommes tous frères, sœurs et amis, surtout quand nous sommes obligés de travailler à l'étranger », disent-elles.
Il y a aussi des badauds qui bravent le froid et attendent on ne sait quoi devant le parvis de l'hôpital et d'autres qui se sentent concernés et viennent pour soutenir, à leur manière, les familles. Une femme raconte qu'elle a elle-même perdu son mari, il y a deux ans : « Il s'est noyé, on l'a retrouvé six jours plus tard sur la côte. Si seulement je pouvais réconforter les familles, leur dire que tout le Liban les soutient. Moi, je n'avais personne quand mon mari a disparu... » dit-elle.
Salah Jaffal brandit le portrait de son fils, Khalil, qui avait péri dans le crash de Cotonou. Il montre aussi la photo du corps de son fils, qui se trouve toujours dans une morgue au Bangladesh.
Le corps de ce Libanais du Sud avait été acheminé, ainsi que six autres, à Dhaka par erreur, car au bord de ce même vol, qui devait relier Cotonou à Beyrouth, il y avait des Casques bleus bangladais. Jusqu'à présent, les corps de ces sept Libanais n'ont pas été restitués à leur famille.
« Ce dossier traîne depuis sept ans. Ma femme est morte de chagrin. Seize pères et mères de ces sept jeunes hommes sont morts comme elle de chagrin. Je suis là pour dire à tous ceux qui ont perdu quelqu'un dans ce crash que j'espère qu'ils pourront retrouver les corps de leurs bien-aimés, enterrer leurs morts. Moi aussi, j'espère un jour pouvoir enterrer mon fils... Vous savez, les Libanais passent leur vie à travailler à l'étranger, mais c'est finalement dans le sol de leur pays qu'ils sont enterrés. »

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