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Nos lecteurs ont la parole

La sombre filière des employées de maison

Par Paul MAAKAD
Comme beaucoup de ses compatriotes féminines, Nanda, jeune mariée sri lankaise - tout juste sortie de l'adolescence et déjà mère d'une fillette de huit ans - ne peut se contenter du salaire de son époux - soldat - pour faire vivre sa famille décemment. Aussi, s'engouffrant dans un circuit parfaitement rodé qui alimente la machine à rêve locale, décide-t-elle de signer un contrat pour aller au Liban en tant qu'« aide ménagère », dirait-on en France, pour utiliser un langage politiquement correct.
Hélas, si seulement ce terme ne recouvrait que ce qu'il désigne ! Car, de son contrat qui mentionne un temps de travail de huit heures par jour pour un salaire mensuel de 180 dollars, rien ne fut respecté. Bien au contraire, une fois le sol du pays du Cèdre foulé, le même scénario se rejoua : confiscation du passeport pour être sûr qu'elle ne s'enfuira pas, horaires de travail inhumains de plus de vingt heures journalières parfois, aucune rémunération bien souvent, violence corporelle et maltraitance aussi bien de la part de la famille pour laquelle elle travaillait que des responsables de l'agence de placement qui lui avait laisser espérer la poule aux œufs d'or.
« Je n'ai jamais pu appeler ma famille et ma patronne ne me donnait à manger qu'une tranche de pain par jour et parfois des restes. J'avais faim tout le temps », avoue-t-elle, les larmes aux yeux.
Si beaucoup de ces employées de maison sont bien traitées - quand même -, la multiplication de procédés dignes de l'époque de l'esclavagisme et humiliants devient alarmant, souligne un rapport de Human Rights Watch paru en 2009 à Beyrouth. « La question devient de plus en plus évidente, mais beaucoup n'osent pas porter plainte par peur ou parce qu'elles n'ont pas de papiers », s'offusque Nadim Houry, membre de l'association.
Recueillie et secourue par Caritas-Liban, formidable ONG dont le « Centre des migrants » s'occupe des domestiques victimes d'abus, des réfugiés et des demandeurs d'asile, Nanda, couvertes de bleus, décide - conseillée par une batterie de sept avocats bénévoles de l'organisation - de porter plainte. Cependant, bien qu'un décret gouvernemental de 2009 force les employeurs à verser les salaires dans leur intégralité et à accorder un jour de congé hebdomadaire, aucune loi en tant que telle ne protège ces travailleuses de la honte, et les stipulations ministérielles sont rarement respectées.
Contre toute attente dans ce paysage sombre et hostile, deux décisions de justice redonnèrent espoir en décembre dernier; c'est ainsi qu'une patronne a été condamnée à 15 jours de prison pour mauvais traitement et qu'une domestique qui n'avait pas reçu son salaire deux années durant a réussi à se faire dédommager, se félicite Dima Haddad, assistante sociale à Caritas.
Raison de plus pour ne pas baisser les bras et continuer de lutter, doit se dire Nanda, qui, en des moments d'abattement et de lassitude, rappelle qu'il est possible d'en arriver au suicide quand on est acculé, levant le voile sur un constat terrifiant : chaque semaine, la presse rapporte la mort « mystérieuse » d'une Éthiopienne ou d'une Sri Lankaise, victime de maltraitances pouvant aller jusqu'au viol.
Espérons que ces deux jugements historiques feront jurisprudence et qu'elles initieront l'adoption de lois véritablement contraignantes ; espérons surtout que certaines mœurs libanaises rétrogrades en ce domaine disparaîtront. Le plus tôt serait le mieux.
Comme beaucoup de ses compatriotes féminines, Nanda, jeune mariée sri lankaise - tout juste sortie de l'adolescence et déjà mère d'une fillette de huit ans - ne peut se contenter du salaire de son époux - soldat - pour faire vivre sa famille décemment. Aussi, s'engouffrant dans un circuit parfaitement rodé qui alimente la machine à rêve locale, décide-t-elle de signer un contrat pour aller au Liban en tant qu'« aide ménagère », dirait-on en France, pour utiliser un langage politiquement correct.Hélas, si seulement ce terme ne recouvrait que ce qu'il désigne ! Car, de son contrat qui mentionne un temps de travail de huit heures par jour pour un salaire mensuel de 180 dollars, rien ne fut respecté. Bien au...
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