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Nos lecteurs ont la parole

Le Proche-Orient entre paix et guerre

Joseph W. ZOGHBI
Jamais le Proche-Orient n'a été en équilibre aussi instable  et jamais les enjeux géopolitiques n'ont été aussi importants. Quand le monde était bipolaire, les deux camps s'affrontaient par pays interposés pour garder et/ou élargir leurs zones d'influence. Des équilibres globaux s'établissaient et devenaient immuables à cause de la guerre froide et de l'équilibre de la terreur. Aujourd'hui, la seule superpuissance essaie de garder son pouvoir en naviguant à travers les remous du monde sans objectif (autre que la lutte contre le terrorisme, qui est d'ailleurs un résultat de sa politique) et sans stratégie. Les fautes accumulées par l'administration américaine, qui joue avec les pays sur un grand échiquier et qui fait fi de leur histoire, leur originalité, leur identité et leur sensibilité, ont contribué à dérégler les relations mondiales en jouant sur les  contradictions existantes.  Pour de fausses raisons, les USA ont mené une guerre dévastatrice contre l'Irak qui a déstabilisé toute la région en faisant des centaines de milliers de morts et des centaines de milliards de destructions.  Par ailleurs, la politique de deux poids, deux mesures au Proche-Orient continue d'exacerber les fanatismes religieux et d'entraîner une recrudescence du terrorisme. Elle a aussi radicalisé les pays présentant diverses sensibilités et les a poussés à chercher l'augmentation de leur « espace vital » en trouvant les appuis là où ils ont des alliés potentiels.  
L'on assiste maintenant à une atomisation des zones d'influence dont les acteurs se dressent les uns contre les autres. La zone la plus dangereuse est, bien sûr, le Proche-Orient avec des zones de tension intrinsèques ; Iran-Arabie saoudite, Arabie saoudite/insurgés chiites yéménites/Iran/Yémen, Kurdistan/Irak/Turquie/Syrie/Iran, Israël/Iran/Liban et des zones périphériques : Pakistan/talibans, Afghanistan, et Pakistan-Inde en sourdine.
Il y a un seul dénominateur commun pour la majorité des zones de conflit (à part l'Inde et le Pakistan) : les États-Unis.
Cette implication politico-militaire de ce dernier pays dans presque tous les conflits démontre l'échec de sa « stratégie ». Le fait que l'Amérique ne comprend pas les spécificités régionales ou, pour être plus précis, sa obstination à traiter les pays comme des pions a semé le chaos dans cette zone. Une grande part de responsabilité incombe aussi aux pays concernés, qui se laissent manipuler et dont certains ont des  gouvernements qui sont loin d'être des modèles de démocratie (lire le livre d'Amin Maalouf Le dérèglement du monde).  
Le Liban est au milieu de cette « tourmente perpétuelle ». De par sa composition démographique, il est sujet à l'influence grandissante des acteurs de la zone, que sont principalement l'axe Iran/Syrie et l'Arabie saoudite. L'espace vital de l'Iran et de l'Arabie saoudite trouve un appui inconditionnel dans deux des trois grandes communautés libanaises, de telle façon que  selon leur bon vouloir, ils peuvent faire la pluie et le beau temps, tendre ou détendre l'atmosphère, ou même causer des instabilités plus ou moins graves, que ce soit dans la structure politique du pays ou plus profondément dans sa population en attirant le cas échéant les bombes de l'État hébreu. Le facteur israélien entrant en jeu et les efforts de l'Iran pour se doter de l'armement stratégique ajoutent aux peurs que suscite une déflagration à grande échelle qui peut être déclenchée par une attaque surprise israélienne « préventive » sur l'Iran et le Liban (bien que la Finul soit un obstacle majeur à une telle opération).
La seule possibilité pour le Liban d'échapper à un tel scénario est d'arriver à une neutralité positive avec  l'Iran et l'Arabie saoudite, et les pays et/ou parties qui tournent dans leur giron.  L'objectif est d'éloigner le Liban de la rivalité de ces deux pays sur sa destinée avec l'accord de ces deux pays eux-mêmes, qu'ils se mettent aussi d'accord pour appuyer la position du Liban, principalement pour recouvrer ses terres occupées et empêcher l'implantation des Palestiniens sur son territoire. Pour y arriver, il faudrait que les deux parties au Liban éprouvent le désir de le faire. Cela sous-entend que ces parties  acceptent que le Liban soit un pays définitif pour tous les Libanais, qu'il soit démocratique, que  tous les Libanais aient les mêmes droits et les mêmes devoirs, que ses propres intérêts passent avant ceux des autres, qu'il ait une politique étrangère  basée sur une stratégie selon ces principes.
Rien ne sert de discuter seulement de la politique de défense dans le dialogue national si on ne discute pas aussi de la politique étrangère. Une politique étrangère devrait s'appuyer sur une capacité de défense adéquate et non le contraire, car cela reviendrait alors à mettre la charrue devant les bœufs. Ce que l'on voit aujourd'hui, c'est une politique étrangère chaotique, sans but et sans objectif, qui tire dans tous les sens, et une navigation à vue. On veut noyer le poisson, mais personne n'est dupe. Les Libanais ne sont pas d'accord sur la politique étrangère du pays, comme le prouvent les critiques à l'adresse du chef de l'État pour sa visite aux États-Unis et l'appui du bout des lèvres à la visite du chef du gouvernement en Syrie.
Nous sommes encore loin du jour où le Liban sera gouverné correctement et où les intérêts du pays seront les seuls à sauvegarder. La gesticulation ouvre la voie à une instabilité qui ne présage rien de bon.

Joseph W. ZOGHBI
Jamais le Proche-Orient n'a été en équilibre aussi instable  et jamais les enjeux géopolitiques n'ont été aussi importants. Quand le monde était bipolaire, les deux camps s'affrontaient par pays interposés pour garder et/ou élargir leurs zones d'influence. Des équilibres globaux s'établissaient et devenaient immuables à cause de la guerre froide et de l'équilibre de la terreur. Aujourd'hui, la seule superpuissance essaie de garder son pouvoir en naviguant à travers les remous du monde sans objectif (autre que la lutte contre le terrorisme, qui est d'ailleurs un résultat de sa politique) et sans stratégie. Les fautes accumulées par l'administration américaine, qui joue avec les pays sur un grand...
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