Alors que les rues de Port-au-Prince sont jonchées de cadavres, les habitants de la capitale d’Haïti comptaient leurs morts, hier, après le pire séisme qu’ait connu l’île en plus de deux siècles. Lisandro Suero/AFP
Le président René Préval, qui s'exprimait pour la première fois en public hier matin dans le quotidien américain Miami Herald, avait, lui, parlé de plusieurs milliers de morts. « Le Parlement s'est effondré (...). Des hôpitaux se sont effondrés. Certaines écoles sont remplies de cadavres », a indiqué M. Préval. « Énormément de gens sont ensevelis sous les décombres », a renchéri son épouse, Élisabeth Préval, dans le même journal.
« La dévastation est complète ici. Personnellement, j'ai la chance d'être encore vivant », a raconté Emmet Murphy, chef de mission en Haïti de l'ONG ADCI/VOCA, dans un courriel transmis à l'AFP, qui se trouvait à Jacmel, à 40 km au sud de Port-au-Prince au moment de la secousse. « La montagne a paru s'effondrer », a-t-il poursuivi, disant redouter que « beaucoup de gens aient péri ».
Traumatisés par la longue secousse de magnitude 7 qui s'est produite mardi à 16h53 heure locale, à seulement quelque 15 km à l'ouest de la capitale surpeuplée, beaucoup d'Haïtiens ont passé la nuit dehors, attendant que le jour se lève pour commencer à faire le décompte des morts et des dégâts. La secousse a été suivie d'une trentaine de répliques très violentes, allant jusqu'à une magnitude de 5,9.
Selon un journaliste de l'AFP sur place, la secousse a duré plus d'une minute, allant jusqu'à faire sauter les véhicules en pleine rue et soulevant un rideau de poussière sur la ville de quelque deux millions d'habitants. Le courant était coupé et les communications presque entièrement interrompues. L'aéroport, qui avait été fermé, était à nouveau opérationnel dans l'après-midi, selon des responsables de l'ONU.
La catastrophe « nécessite une opération d'aide internationale massive », a indiqué un porte-parole de la Fédération de la Croix-Rouge (FICR) à Genève, Jean-Luc Martinage. La Croix-Rouge se prépare à venir en aide « à un maximum de 3 millions de personnes », a-t-il indiqué. Malgré le chaos régnant dans la capitale, Médecins sans frontières (MSF) a accueilli 600 blessés dans ses centres de soins et devait envoyer dans la soirée un hôpital gonflable d'une capacité de 100 lits. La secousse a très fortement perturbé les communications dans un pays aux infrastructures déjà très rudimentaires, rendant quasi impossible l'acheminement de blessés dans les centres hospitaliers encore debout. Des pillards ont en revanche été vus à l'œuvre dans un supermarché.
En outre, le quartier général de la Mission de stabilisation de l'ONU en Haïti (Minustah), qui compte environ 11 000 personnes, s'est effondré. Le patron de la mission, le Tunisien Hedi Annabi, a trouvé la mort dans la catastrophe, a indiqué le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, qui a évoqué une « tragédie pour Haïti (...) et pour les Nations unies ». Au moins cinq autres personnes sont mortes et entre 115 et 200 disparues dans l'effondrement du bâtiment, et on ignore le sort d'une centaine d'employés, a déclaré Alain Leroy, chef du département des opérations de maintien de la paix de l'ONU.
Mobilisation de la communauté internationale
Ban Ki-moon a indiqué que le séisme exigerait un effort majeur des secours, ajoutant qu'il se rendrait sur place « dès que possible ». Les Nations unies vont lancer un appel international pour l'aide aux victimes.
Dans la foulée, la communauté internationale s'est mobilisée hier pour secourir Haïti. Dans une intervention solennelle, le président Barack Obama a déclaré que des équipes américaines de secours arriveraient dans les prochaines heures à Haïti, situé à quelques centaines de kilomètres au sud des côtes américaines. Et le Pentagone a commencé à envoyer des navires, dont le porte-avions USS Carl Vinson, qui doit arriver aujourd'hui. Environ 2 000 militaires pourraient ainsi être déployés si nécessaire, en particulier pour assurer la sécurité et assister la mission de l'ONU sur place, selon le général Douglas Fraser, chef du commandement sud américain, qui n'a pas exclu d'utiliser la base de Guantanamo à Cuba dans le cadre des opérations de secours.
Côté canadien, un avion de transport militaire C-130 Hercules transportant une mission de reconnaissance devait atterrir dans l'après-midi à Port-au-Prince.
Par ailleurs, trois avions de transport militaire français Casa ont quitté hier Fort-de-France, en Martinique, avec une cinquantaine de personnes et du matériel humanitaire pour Port-au-Prince.
Le Venezuela a envoyé cinquante sauveteurs, des vivres et des médicaments, tandis que le Brésil devait expédier 28 tonnes d'aliments et d'eau potable, et accorder une aide financière immédiate de 10 à 15 millions de dollars. Le Chili va envoyer 15 tonnes d'aide, du personnel médical et une équipe de sauveteurs, la Colombie et la République dominicaine une équipe de secouristes spécialisés, Cuba une aide médicale d'urgence.
De l'autre côté de l'Atlantique, la Commission européenne a débloqué trois millions d'euros d'aide d'urgence et activé son système de gestion de crise.
Le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement (BID) ont annoncé préparer leurs contributions, la BID ayant déjà débloqué une aide d'urgence de 200 000 dollars. Quant au chanteur américano-haïtien Wyclef Jean, il était à la tête hier d'une armée de célébrités du cinéma et de la musique, dont le couple d'acteurs Brad Pitt et Angelina Jolie, mobilisées pour venir en aide à Haïti.

