Liban

Explosion à Haret Hreik et propos de Nasrallah sur les chrétiens : le Hezbollah au cœur de la polémique

La situation
29/12/2009
Ceux qui avaient parié sur l'immobilité sur la scène politique durant le long week-end de Noël et de Achoura n'avaient pas vu très juste. D'abord, il y a eu cette explosion en plein cœur d'une banlieue sud hypersécurisée, un incident d'ailleurs rapidement minimisé par le Hezbollah. Toutefois, le flou qui a prévalu durant tout le week-end sur les circonstances qui ont entouré l'explosion et sur les personnes visées par l'attentat ainsi que sur la nature de l'explosif utilisé a nourri les spéculations et les conjectures. De plus, les difficultés rencontrées par les autorités judiciaires pour accéder au site où se trouvait placé le colis piégé prouvent que le Hezbollah éprouve un véritable malaise à l'égard d'un incident qui, même s'il visait en premier lieu le Hamas, le concerne également de manière indirecte, en plein cœur d'une zone, Haret Hreik, traditionnellement considérée comme rien de moins que son fief. Les commentaires autour de cet incident n'ont d'ailleurs pas tardé à fuser. Ainsi, à en croire Walid Joumblatt, l'explosion qui a secoué Haret Hreik constitue une « opération vandale perpétrée par l'État hébreu, qui démontre que les violations israéliennes se poursuivent ». Il a pour cela appelé à la redynamisation des autorités chargées de démasquer les « réseaux d'espionnage » implantés au Liban. Dans un tout autre style, Samir Geagea s'est adressé au ministère de l'Intérieur en lui demandant « pourquoi un bureau du Hamas s'est-il implanté dans la banlieue sud ». Il s'est aussi demandé pourquoi « 48 heures après l'explosion de Haret Hreik, aucune instance officielle gouvernementale ne s'est sentie obligée de publier un communiqué expliquant aux Libanais ce qui s'est
produit sur leur sol ».
Ensuite, il y a eu le discours du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Une allocution presque sereine, au cours de laquelle il a dit ne souhaiter que le meilleur pour le pays et les citoyens, et appelé chrétiens et musulmans à coopérer et à s'unir car, selon lui, la conjoncture s'y prête aujourd'hui plus que jamais. Toutefois, un pan entier de son discours a été consacré à la communauté chrétienne et même s'il s'est voulu à plusieurs égards bienveillant, certaines allusions ont fait sursauter plus d'un leader chrétien.
Hassan Nasrallah a ainsi appelé les chrétiens à se souvenir des leçons du passé, et à s'éloigner des paris « sur les pays étrangers » car, a-t-il affirmé, cela ne les a menés nulle part. « Je ne parle pas des paris des chrétiens, je rappelle les paris de certains sur Israël. » Le fait pour le numéro un du Hezbollah d'avoir ensuite cité en exemple, dans ce cadre, les chrétiens d'Irak « que l'armée américaine ne parvient pas à protéger » et « qui n'arrivent plus à se rendre à leurs églises pour célébrer la naissance de Jésus-Christ » était d'ailleurs surprenant. Pourquoi avoir choisi de faire le parallèle entre les chrétiens du Liban et ceux d'Irak tout en leur reprochant de se sentir tout le temps en danger, sentiment qui les pousse, selon lui, « à se suicider » ? Des propos pour le moins étranges à l'aune du climat de détente dont tous les pôles politiques, Hassan Nasrallah y compris, s'emploient à louer les vertus. Élie Marouni a pour sa part « remercié » sayyed Nasrallah pour l'appel au dialogue qu'il a ainsi lancé, mais lui a indiqué que les chrétiens dialogueraient « en temps voulu ». Antoine Zahra a, lui, voulu se montrer serein, soulignant ainsi que les Forces libanaises ne désiraient entrer en conflit avec personne et qu'elles continueraient à soutenir « de manière quotidienne le processus d'édification de l'État ». Nabil Nicolas a choisi de clarifier les propos de Hassan Nasrallah, relevant que ce dernier n'a pas voulu « semer la panique » mais simplement « faire comprendre aux chrétiens qu'ils ne doivent pas, pour se sentir en sécurité, avoir recours à l'étranger ». D'autres ont vu dans le discours du chef du Hezbollah « une sorte de mépris et d'autoritarisme à l'égard des chrétiens qui ont joué un rôle historique au Liban ».
Enfin, il y a eu, hier soir, les menaces à peine voilées du ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, qui n'a pas exclu, « l'année prochaine », une guerre avec le Hezbollah et le Hamas.
Pour un week-end de fête, celui-ci n'aura pas ainsi été de tout repos.

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