Le cinéaste espagnol parlant de ses films. Michel SAYEGH
Lorsqu'on demande la raison pour laquelle le cinéaste s'est aventuré sur les traces de l'assassinat de Lorca, il répond tout simplement que c'était un devoir de mémoire de parler de celui qu'il considère comme le plus grand génie de la littérature espagnole après Cervantès. « Comme sa mort n'a suscité que quelques œuvres, la dernière datant de 1988 et ne provoquant pas de soupçons mais un grand silence douteux, il était essentiel pour moi de m'atteler à ce travail. »
Cinq années de travail laborieux en collaboration avec une équipe pour enfin dépoussiérer un mystère et remettre à jour des controverses et des problèmes judiciaires jamais révélés. « Ce grand poète, explique Barrachina, n'a pas été seulement assassiné pour des raisons politiques (il était gauchiste dans une Espagne franquiste, en pleine guerre civile), ni seulement pour des raisons d'orientation sexuelle (il était homosexuel dans une Espagne homophobe), mais pour une troisième raison, que j'ai réussi à mettre en évidence. » En interrogeant les trois grandes familles de Barcelone de l'époque et en menant à bien les investigations sur différents axes, le réalisateur a démontré que la guerre civile était en partie un camouflage pour des conflits familiaux et des règlements de comptes de clans dont Lorca en a fait les frais.
Sous forme d'enquête, ce documentaire prend l'allure d'un thriller dont la fin reste mystérieuse car, dit le metteur en scène, « le gouvernement vient d'effectuer des fouilles à l'endroit supposé de son assassinat et elles sont demeurées stériles puisqu'on n'a découvert aucun ossement ou trace humaine ».
Enquêteur historique ? Certes, car il y a chez Emilio Ruiz Barrachina cette curiosité et ce désir de fouiller dans le passé qui remontent à la surface. Dans le cas du film d'Orson Welles, Barrachina avait eu à sa disposition des pellicules retrouvées dans une boîte de chaussures dans la résidence espagnole de Welles. Quel merveilleux prétexte pour débuter une investigation. C'est donc à partir de ces images de famille ainsi que de l'aveu de Welles, selon qui Shakespeare et Goya étaient les plus grands génies, que le film de Barrachina va prendre forme. Il tentera dans son œuvre d'établir un parallélisme entre les deux hommes et parviendra à retrouver des similitudes tant sur le plan physique que du travail esthétique (lumière et perspective de l'image ainsi que le thème de leur art). Un projet qui nécessitera deux ans, mais que Barrachina considère plus personnel.
À quand un autre film de fiction, lui demande-t-on ? « Pour bientôt, répond-il, puisque je termine le tournage d'une œuvre sur la vie du Christ. » Encore une enquête ? Il faudra attendre le mois d'avril, date de la sortie de ce film qui risque de faire des vagues.


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