La révolution du Cèdre était un rêve pluriel pour un pays de liberté et de démocratie, hélas trahi par ses versatiles apparatchiks. Nous nous retrouvons dans le mensonge, la négation des différences et la haine de l'autre. Où se trouve donc notre mémoire ? Le Liban chrétien n'est pas le combat du clocher et du minaret. C'est un pays d'accueil, pluraliste, généreux, une terre pour toutes les croyances, d'une enrichissante diversité que nous n'arrivons malheureusement pas à gérer. Pourquoi le peuple se verrait-il imposer un Liban de perpétuelle confrontation, d'exutoire chronique d'hégémonies et d'intolérances étrangères, un relais pour des visions suicidaires aux antipodes de ses croyances, ses ambitions, ses intérêts ; un pays régressif d'enfermement sur des dogmes travestis ? Ne nous résignons pas à d'illusoires rapiécages. Mensonge d'État qui reste marginalisé et hypothèque l'avenir. Les armes détenues par une communauté monochrome et soumise à des injonctions extérieures constituent un intolérable chantage et une menace permanente pour notre sécurité et notre identité. Il y a des conceptions de la nation qui nous privent d'espoir à force de renoncements et de compromissions avec des idéologies mortifères.
Qu'en est-il également du Tribunal international qui piétine lamentablement ? À supposer même que la communauté internationale soit tentée par une humiliante et désespérante « realpolitik », le Liban a un droit imprescriptible à la vérité et le devoir d'obtenir justice pour son héroïque intelligentsia, lâchement assassinée pour ses libertés, sa démocratie, sa culture, son indépendance et sa souveraineté. Cela reste un indispensable devoir de mémoire pour tout un peuple touché dans sa chair et son cœur ; un peuple qui ne retrouvera pas sa paix et sa cohésion, et ne pourra jamais surmonter ses doutes autrement que dans la justice. Notre intelligence s'abaisserait-elle à se faire servante de l'oppression ?
L'un des grands défis pour notre pays et notre mémoire collective restera de faire allégeance à notre seul État, et de concilier l'unité et la diversité dans la paix.


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