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Nos lecteurs ont la parole

Lettre à mon patron

Par Ama TABET
Je m'appelle Perla. Je viens des Philippines. Je suis tout simplement une bonne. Bonne à domicile, bonne à récurer et nettoyer, repasser et repriser, écouter et me taire, ne jamais aboyer, ne jamais me plaindre, ne jamais avoir mal, m'apitoyer sur « leur » sort, les réconforter alors que leur sort, vous pouvez vous imaginer, est certainement meilleur que le mien...
Je suis au Liban depuis 1996. J'ai été commandée, comme on commande un chien, sauf que le chien peut boire, manger et se promener, ne pas toujours faire la courbette à ses maîtres. J'ai été choisie suivant mon look, qui, à l'époque (j'ai 49 ans aujourd'hui), était celui d'une femme de 37 ans, pleine d'enthousiasme. Personne ne m'avait forcé la main ; je suis venue de mon propre gré. J'ai une famille aux Philippines, deux enfants biologiques et deux adoptés car leur maman, une amie à moi, est morte dans un accident de voiture. Mon éducation, ma foi, m'ont poussée à m'en occuper. Comme la plupart des Philippines techniciennes de surface, mon mari boit, joue, et a une maîtresse, cela n'étant qu'un détail, vous avez tous assez de problèmes à gérer .
J'ai débarqué au Liban dans une famille unie qui a subi un grand drame. Je l'ai quittée et j'ai travaillé neuf ans au service d'une famille (cher  Monsieur Jo, j'espère que vous prendrez le temps de mettre votre partie de bridge de côté et de lire ce qui suit). Je me suis occupée de chacun des membres de cette famille, père, mère, un enfant unique (que saint Charbel le protège) et de la grand-mère (que Dieu ait son âme). Les derniers six mois de mon service n'ont pas été totalement rémunérés. Mon patron était en difficulté et ne m'a payé qu'un demi-salaire, et ce pendant  sept mois. Ce que mon patron n'a jamais réalisé, c'est que moi, Perla, philippine et bonne à tout faire, j'avais des engagements envers ma famille. Les malheurs frappent toujours les plus démunis... Tempêtes, tornades, maladies : mes enfants faisaient appel à moi. Après tout, je n'étais pas au Liban pour le plaisir, mais pour les aider. J'ai discuté avec mon patron, que j'appelle Jo, et nous nous sommes mis d'accord pour que je trouve du travail ailleurs. Sitôt dit, sitôt fait. Il a même promis de me rendre mes papiers. Sauf que cela fait quatre ans que je ne suis plus à son service et qu'il aura fallu que j'attende trois ans et demi pour que mon ex-patron se décide à me rendre mon passeport. Trois années où j'ai travaillé au noir, où je ne pouvais plus voyager, avoir de permis de travail ou de séjour. Dieu seul sait combien je l'ai harcelé pour qu'il me rende mes documents. Il ne l'a fait que lorsque mon actuel patron l'a poussé à le faire, avec beaucoup de tact et de fermeté. Ma nouvelle famille m'a accueillie malgré tous mes problèmes et se bat pour moi. Mon employeur a réussi à récupérer mon passeport lequel, qui plus en est, avait expiré. Il s'est porté garant pour me sortir  de cette impasse. Il a même payé 400 dollars à celui que j'appelle Jo pour pouvoir récupérer une partie de mes papiers, car il me manque toujours mon permis de travail ainsi que mon permis de séjour qu'il ne m'a pas rendu. Mais justice sera rendue, j'en suis convaincue .
J'espère Jo (vous ne méritez plus mon respect, et je me permets de ne plus vous appeler Monsieur) que cette lettre remuera votre conscience. Je suis tous les dimanches à la paroisse ; je prie, je nettoie, je repasse, je chante les louanges du Seigneur, mais plus que tout, je porte l'amour en moi et je le partage. 
 
Je m'appelle Perla. Je viens des Philippines. Je suis tout simplement une bonne. Bonne à domicile, bonne à récurer et nettoyer, repasser et repriser, écouter et me taire, ne jamais aboyer, ne jamais me plaindre, ne jamais avoir mal, m'apitoyer sur « leur » sort, les réconforter alors que leur sort, vous pouvez vous imaginer, est certainement meilleur que le mien...Je suis au Liban depuis 1996. J'ai été commandée, comme on commande un chien, sauf que le chien peut boire, manger et se promener, ne pas toujours faire la courbette à ses maîtres. J'ai été choisie suivant mon look, qui, à l'époque (j'ai 49 ans aujourd'hui), était celui d'une femme de 37 ans, pleine d'enthousiasme. Personne ne m'avait forcé la...
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