Ce très beau poème d'Alfred de Musset évoque, certes, l'image du poète, mais c'est également celle du père, inquiet pour ses enfants, qui les protège tout aussi maternellement qu'une maman. Rendons aux pères ce qui est aux pères. Honorons-les tout comme les mamans, dans leur travail, leurs inquiétudes, leur force et leur soutien, qu'ils doivent compléter en toute harmonie et sans dissonance avec leur tendresse.
Père sévère, mais soucieux de l'avenir de ses enfants, tel que ce Christopher Plummer en capitaine Von Trapp dans The Sound of Music, qui va de maladresse en maladresse tout en croyant bien faire ; papa flambeur et drôle, mais tellement aimant et généreux comme ce M. Montand dans Tout feu tout flamme de Jean-Paul Rappeneau (1982) face à une Isabelle Adjiani qui lui rappelait toujours le vrai chemin à suivre ; papa prêt à tout, même à s'humilier en devenant une très bonne nounou, comme Robin Williams dans Madame Doubtfire de Chris Columbus ; ou encore jeune papa en mal avec sa femme et en charge de son fils, comme ce touchant Dustin Hoffman dans Kramer v/s Kramer : tous ces papas merveilleux qui nous émeuvent sont les multiples facettes de l'image paternelle.
« Je souffre d'un caillot dans les veines et d'une grande solitude », dit Philippe Noiret dans le film Père et fils de Michel Boujenah, où il tente de réunir ses trois grands garçons en simulant une maladie. « Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, on n'a qu'un père. Alors mieux vaut l'aimer ou le détester vivant. Après il sera trop tard. » Ainsi, dans Les Invasions barbares de Dennys Arcand en 2001 et dans Big Fish de Tim Burton en 2003, le fils resté trop longtemps loin accourra au chevet du père mourant pour essayer de comprendre enfin son univers.
Mais ce père, ce héros à qui on demande tant et duquel l'enfant (fille ou garçon) tend à s'assimiler, est parfois fatigué. Face à l'échec ou à l'incertitude du lendemain, le schéma du « pater » modèle s'écorche et se désintègre. Dans Le père de mes enfants de Mia Hanssen-Love (2009) ou dans Pursuit of Happyness de Gabriele Muccino en 2006, où l'on voit un Will Smith affronter les affres du monde du travail, ou encore dans Le voleur de bicyclettes de Vittorio de Sica (1948) où le papa est obligé de voler et de déconstruire son image devant son fils, rien que pour le protéger. Parfois même l'amour filial n'est qu'affrontements et querelles. Aime ton père de Jacob Berger en 2001, avec Gérard et Guillaume Depardieu, est l'illustration de cette autre façon d'aimer.
Don, sacrifices, amour et désamour, tout peut se résumer dans ce constat doux-amer de La vita es bella où un papa, par un immense sacrifice pour son petit garçon, meurt le sourire aux lèvres. Encore un autre pélican.
*Mon père ce héros, de Gérard Lauzier.


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