Il est toujours difficile d'inscrire des comportements humains dans des grilles explicatives rigides et les études menées dans ce cadre peuvent arriver à des résultats surprenants. Le management ne fait pas exception à la règle. À preuve, cette enquête sur l'éthique professionnelle des dirigeants musulmans d'entreprises turques qui « démontre » que l'approche managériale de ces chefs d'entreprise s'inspire plus des principes protestants que celle appliquée par leurs collègues protestants ! Et plus proche de nous, que dire de ces entreprises libanaises qui se caractérisent par leur collectif, alors que le pays est réputé pour son individualisme ?
Certes, le comportement général d'une entreprise peut refléter la culture générale de l'environnement mais le plus souvent celles qui ont réussi ont affirmé et assumé leurs spécificités. Pour expliquer cette particularité, il convient de réaliser que les entreprises forment des microcosmes particuliers. De fait, une firme est un lieu où des personnes sont en interaction. Au cours de leurs échanges, elles partagent des opinions et des impressions qui leur permettent de faire sens de leur situation. On serait tenté de dire qu'elles reconstruisent de façon permanente le monde. Nous faisons de même dans notre vie de tous les jours, à la différence que dans une entreprise, il est nécessaire de fédérer les interprétations sous peine de voir la firme perdre sa cohérence.
La fonction de la culture organisationnelle est justement d'encadrer ces interactions et d'assurer ainsi la stabilité de l'univers organisationnel qui lui a donné naissance. Pour cela, elle articule un ensemble de valeurs, principes et logiques d'actions qui doivent être respectés sous peine de voir la firme perdre de sa cohérence. Ce faisant, la culture d'entreprise participe aussi à la définition de l'environnement de l'entreprise en déterminant ce qui doit être valorisé ou non. Une banque éthique, par exemple, vit dans un univers stratégique atrophié où le tabac, les armes et la pornographie n'existent pas ; les principes présidant à son action lui interdisant d'investir dans ces secteurs.
Ce phénomène place certains dirigeants d'entreprise dans une position assez particulière. Ils vont fixer les règles du jeu (normes, valeurs), leur vision va fédérer la firme. On parle alors de leaders, de personnes qui se trouvent dans la position assez enviable de « créateur de sens ».
Spécialiste en stratégie et théorie des organisations - Centre de recherche, d'études et de développement (CRED) de l'ESA.
En coopération avec : ESA

