Certaines banques locales seraient exposées à d’éventuelles pertes du fait de la crise de Dubaï et de la chute des Bourses arabes.
« Certaines banques locales seraient en effet exposées à d'éventuelles pertes, notamment celles détenant des obligations (émiraties) ou ayant accordé des crédits à des compagnies partiellement ou totalement détenues par Dubai World », souligne ainsi le directeur du département de recherche à la Byblos Bank, Nassib Ghobril. Plusieurs établissements libanais ont en effet élargi leur réseau d'implantations ainsi que le spectre de leurs activités dans la région du Golfe au cours des dernières années, faisant de cette expansion leur principal moteur de croissance. Le conglomérat étant formé de dix compagnies, dont le géant immobilier Nakheel, ainsi que de nombreuses ramifications, « il existe de fortes chances que certaines banques soient d'une manière ou d'une autre liées à l'une de ces compagnies ». « Cela dit, la part des investissements opérés ou des prêts octroyés pourrait s'avérer peu conséquente », affirme Nassib Ghobril.
Quant au deuxième impact potentiel sur l'économie locale, il réside au niveau d'une éventuelle « réévaluation de la notation du risque souverain et des risques liés aux institutions bancaires » par les grandes agences de notation, ajoute-t-il. Jusque-là, les pays et les banques de la région bénéficiaient de la mention « stable » et se démarquaient de leurs pairs par une performance assez soutenue. « La crise actuelle pourrait désormais pousser les agences mondiales à revoir à la baisse leurs perspectives de notation », souligne ainsi le directeur du département de recherche à la Byblos Bank.
« Enfin, le Liban pourrait subir un ralentissement du rythme des flux financiers », ajoute-t-il, soulignant à cet égard « que les dépôts spéculatifs constituaient une partie non négligeable des flux provenant de l'étranger, notamment du Golfe, au lendemain de la crise mondiale. Ainsi, plusieurs de ces déposants pourraient retirer leur argent ».
Une crise marginale ?
De son côté, l'économiste Louis Hobeika semble beaucoup moins pessimiste quant aux conséquences sur le marché local, notamment sur le plan macroéconomique. Dans un entretien avec L'Orient-Le Jour, il insiste sur le caractère marginal de cette crise. « Il ne faut pas donner à cette annonce une dimension aussi grande et en exagérer les conséquences. Ce qui se passe aujourd'hui n'est autre que le résultat d'un assèchement de liquidités qui remonte au déclenchement de la crise mondiale, il y a plus d'un an », souligne-t-il.
« Les assurances financières données par Abou Dhabi ainsi que la décision de la Banque centrale des Émirats d'injecter des liquidités et d'examiner au cas par cas les dettes de Dubai World constituent en outre une garantie contre un éventuel effondrement», ajoute M. Hobeika. Quant aux conséquences sur le Liban, elles devraient se limiter à un « léger ralentissement des investissements provenant de l'émirat et à quelques licenciements de Libanais ».
En attendant, la demande d'un moratoire de six mois sur la dette de Dubai World, estimée à 60 milliards de dollars (sur 80 milliards de dollars de dette publique de l'émirat), continue de faire trembler les marchés et laisse craindre de nombreuses conséquences imprévues dont l'étendue dépassera le seul territoire émirati.

