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Liban - Le Commentaire

La proposition Berry provoque une tempête dans un verre d’eau

Beaucoup de bruit pour rien. En remettant sur le tapis l'abolition du confessionnalisme politique, le président Nabih Berry suscite des réactions un peu trop poussées. C'est ce que relèvent des observateurs avertis qui soulignent d'abord que le processus doit prendre des années. Un dossier du reste si complexe qu'aucun résultat n'est garanti d'avance. Le président de la Chambre avait déjà formulé sa proposition il y a longtemps, sous le régime Hraoui, pour la laisser s'assoupir dans les tiroirs quand personne ne s'était empressé de lui donner suite.
À l'époque, le sentiment national était plus proéminent qu'aujourd'hui, et les pulsions confessionnelles moins accusées. Cela pour une raison majeure : un parti armé, ultraconfessionnel, qui ne se mêle pas vraiment de politique, comme c'était le cas du temps des Syriens, c'est tout à fait autre chose qu'une milice qui dirige un camp entier, et tourne à l'occasion ses armes contre l'intérieur. En se posant de surcroît, avec ses chasses territoriales gardées, comme un État dans l'État.
Il est donc devenu bien plus difficile de traiter le dossier du confessionnalisme politique. Cela fait vingt ans que personne ne s'y risque. Parce que, pour commencer, le montage de l'opération présente des difficultés prosaïques qui frisent le casse-tête. Le comité national d'étude, chapeauté par les trois présidents, doit en effet se composer de personnalités politiques, intellectuelles ou de la société civile. Pour les sélectionner, sur base des quotas rituels, il faut évidemment consulter en premier lieu les instances communautaires et politiques du pays. Et chaque partie, chaque groupe de pression, chaque lobby voudrait alors imposer les plus radicaux de ses supporters, tout en posant ses veto contre les choix d'autrui. Le clivage se trouvant démultiplié par la rivalité de fond entre les camps qui défendent des projets d'avenir diamétralement opposés. Avec, pour le soutien, des axes extérieurs, arabes, régionaux ou internationaux. Si l'on parvient quand même à composer le comité, il faudrait ensuite s'entendre sur son règlement intérieur, sur l'ordre du jour, sur l'organisation des débats et sur la prise de résolutions, par adoption à l'amiable ou par vote. Et, dans ce dernier cas, quelle majorité serait requise.
Mais, de toute évidence, c'est principalement sur le fond, si l'on arrive à en discuter, que tout risque de capoter. Qui va accepter quoi, est-ce que les communautés, les partis ou les courants, tous englués jusqu'au cou dans le confessionnalisme, voire dans le sectarisme le plus aveugle, vont-ils céder au laïcisme émergent ? Et quel programme cohérent, issu de cette tour de Babel, pourra être soumis au gouvernement et au Parlement ? Par exemple, comment, sur quelles bases peut-on concevoir la mise en place d'une Chambre élue, pour la première fois, sans référence à l'appartenance confessionnelle des candidats ? C'est par là, en effet, que tout commence, donc que tout finit, l'abolition en premier. Il est en effet évident, le poids démographique devenant roi, que des communautés entières se trouveraient privées de toute représentation politique. Pour parer ce risque, Taëf prévoit (article 22) la création d'un Sénat composé sur base de participation de toutes les familles spirituelles. Mais ses prérogatives se limiteraient, toujours selon le pacte, à l'examen, du reste collatéral, sans pouvoir de trancher, des questions d'ordre crucial pour le pays. Autant dire qu'il ne s'agirait que d'un paravent, d'un faire-valoir, sans influence réelle sur la conduite des affaires publiques, de quelque nature qu'elles soient.
On est donc loin du compte. D'autant qu'en réalité, l'essentiel, comme le relève le patriarche Sfeir, est d'abolir le confessionnalisme dans les esprits, dans les mentalités, avant de retoucher les textes. Et pour cela, il faut des décennies, l'effort devant commencer par une formation civique intensifiée à l'école.
Beaucoup de bruit pour rien. En remettant sur le tapis l'abolition du confessionnalisme politique, le président Nabih Berry suscite des réactions un peu trop poussées. C'est ce que relèvent des observateurs avertis qui soulignent d'abord que le processus doit prendre des années. Un dossier du reste si complexe qu'aucun résultat n'est garanti d'avance. Le président de la Chambre avait déjà formulé sa proposition il y a longtemps, sous le régime Hraoui, pour la laisser s'assoupir dans les tiroirs quand personne ne s'était empressé de lui donner suite.À l'époque, le sentiment national était plus proéminent qu'aujourd'hui, et les pulsions confessionnelles moins accusées. Cela pour une raison majeure : un parti...
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