« Le ministère doit être en mesure de se déplacer sur le terrain, de conseiller et de surveiller », souligne Raphaël Debbané.
À la suite du branle-bas de combat provoqué par le scandale des pesticides dits cancérigènes, M. Raphaël Debbané du groupe Debbané, importateur de pesticides, a vigoureusement contesté ce qu'il a qualifié de « rumeurs alarmistes ».
M. Debbané, président de la commission agricole de l'Union des Chambres de commerce et d'industrie libanaises, a déclaré, dans un entretien accordé à L'Orient-Le Jour, qu'il déplorait la « panique générale » provoquée par les médias et qui est, selon lui, « infondée ». « Les pesticides utilisés localement le sont dans le respect de la loi et des normes de sécurité, et ne sont absolument pas cancérigènes », affirme-t-il.
Interrogé sur l'éventuelle circulation de pesticides de contrebande interdits d'utilisation par le ministère de l'Agriculture, M. Debbané a répondu qu'il ne voyait pas l'intérêt pour des contrebandiers de faire le commerce de ces produits « puisque des pesticides efficaces et parfaitement légaux sont accessibles localement ». Il a néanmoins reconnu l'absence de toute régulation et de surveillance au niveau de l'utilisation même de ces pesticides et a souhaité que des mesures fermes soient prises : « Il est vrai que le ministère manque de moyens et d'effectifs car (...) le budget est dérisoire (...) mais il est impératif d'être en mesure de s'assurer que les agriculteurs respectent les normes d'utilisation et de sécurité. Le vrai problème, c'est qu'ils ne sont pas assez informés. »
M. Debbané a, de plus, fortement insisté sur l'importance de la traçabilité, qui est l'un des moyens permettant un meilleur contrôle des produits vendus sur le marché. Le producteur serait idéalement obligé de mettre son nom sur les caisses contenant ses produits, permettant ainsi à des contrôleurs agricoles de prélever des échantillons et d'analyser la teneur en résidus de pesticides.
Le point de vue des agriculteurs
Cet avis n'est néanmoins pas partagé par M. Antoine Hoayeck, de l'Association des agriculteurs libanais, qui se montre sceptique : « Il existe environ 250 000 producteurs au Liban, petits en majorité. Une politique de traçabilité, surtout lorsqu'on connaît les moyens du ministère de l'Agriculture, nécessiterait des efforts considérables qu'il est très difficile de mettre en place. Je suis plutôt en faveur de réformes de fond et de la mise en place d'un registre agricole qui permettrait une fois pour toutes de recenser les producteurs. »
M. Hoayeck a en outre dénoncé l'utilisation de certains produits systémiques (qui pénètrent dans la plante) qui, selon lui, sont « toxiques » et « qui circuleraient encore au Liban de manière tout à fait légale ». Il n'a toutefois pas nié l'importance vitale des pesticides dont les agriculteurs ne « peuvent se passer », mais il a critiqué le laisser-aller du ministère de l'Agriculture qui, selon lui, autorise encore, par exemple, l'utilisation par les agriculteurs « d'un insecticide interdit en France depuis 1973, sauf sur des produits agricoles non destinés à la consommation ». « Nous nous battons depuis des années pour faire interdire l'importation de pesticides systémiques au Liban. Cela étant, nous sommes aujourd'hui mieux lotis qu'il y a trente ans. Je fais personnellement partie de la génération DDT (un insecticide fortement toxique interdit dans les années 70) et je peux vous assurer que nous sommes actuellement plus informés et plus responsables qu'auparavant. »
Un mécanisme de coordination
Quoi qu'il en soit et en dépit de leurs avis divergents, MM. Raphaël Debbané et Antoine Hoayeck ont tous deux condamné le manque de coordination au niveau étatique et ont insisté sur l'urgence de prendre, une fois pour toutes, des mesures adéquates. « Le ministère doit être en mesure de se déplacer sur le terrain (par le biais de ses représentants), de conseiller et de surveiller. Des initiatives ont été prises afin de multiplier le nombre de spécialistes agronomes, mais il reste encore beaucoup à faire », a déclaré M. Debbané.

