Le Liban avait été jusqu'à présent relativement épargné par les fraudes orchestrées par de petits délinquants astucieux, contrairement à beaucoup de pays européens par exemple, qui ont été secoués par plusieurs affaires d'arnaque à la carte au cours des dernières années. Aujourd'hui, les consommateurs et les établissements bancaires ne semblent plus être à l'abri de ce type d'actes frauduleux.
En effet, une source informée a indiqué à L'Orient-Le Jour que 6 à 7 banques - dont certaines des principales banques du pays - auraient été victimes d'actes frauduleux commis via la technique du « skimming », notamment dans le secteur très touristique de Gemmayzé, mais également vers Raouché et dans d'autres quartiers de la capitale.
L'astuce est simple : le pirate place un lecteur de bande magnétique de petite taille sur le distributeur automatique de billets (DAB) - les points de vente dans le commerce ne sont donc pas touchés par ces agissements - et récupère ainsi les données confidentielles de la carte ainsi que le code pin de l'utilisateur, qui ne se méfie pas, car rien ne trahit en apparence la présence du dispositif. Il ne reste plus alors au fraudeur qu'à cloner les cartes et s'en servir un peu partout dans le monde pour retirer des espèces à partir de distributeurs de billets.
Les coordonnées bancaires récemment piratées au Liban auraient ainsi servi à effectuer des retraits en Bulgarie, en Roumanie, au Mexique, au Pérou, en Ukraine, en Afrique du Sud et peut-être en Italie, a indiqué à L'Orient-Le Jour l'avocat et juriste Paul Morcos. D'autres sources indiquent que le pays dans lequel ont eu lieu récemment le plus de tentatives de retraits à partir de cartes piratées au Liban ne serait autre que la Turquie. Par exemple, une jeune Libanaise abonnée au service d'alerte bancaire par SMS a été sidérée d'apprendre par texto que l'on a tenté de retirer 1 000 dollars par le biais de sa carte bancaire à partir d'un distributeur localisé en Turquie !
De plus, les pirates responsables de ces délits revendent à l'étranger, pour une somme variant entre 50 et 100 dollars, les cartes bancaires clonées, a expliqué M. Morcos. Leurs nouveaux utilisateurs s'en servent alors pour tenter d'effectuer des retraits à l'aveuglette, sans connaître le solde des comptes qu'ils sont en train de vider. Il s'agit donc d'une forme de loterie illégale, où le grand perdant est le propriétaire légitime de la carte qui ne se doute de rien.
Comment se défendre ?
Les pertes au Liban sont évaluées à des centaines de milliers de dollars au minimum, voire à des dizaines de millions de dollars dans le pire des cas. Les banques elles-mêmes sont restées pudiques quant au montant des vols dont elles ont été victimes, mais d'après la source précitée ce sont les établissements, plus que les clients, qui auraient été les plus touchés par l'arnaque. Une grande banque aurait même essuyé une perte d'un million de dollars. L'Association des banques au Liban (ABL) a toutefois démenti ces informations.
Les rumeurs vont bon train à cet égard. L'une d'entre elles évoque des complicités entre les pirates et certains employés de banques. Rien de concret n'a toutefois été prouvé à ce niveau.
En tout état de cause, quelles sont les mesures de prévention concernant ce phénomène de masse ?
Mme Jocelyne Chahwan, responsable à la BLOM Bank, a décrit à L'Orient-Le Jour les efforts fournis au niveau de la prévention des fraudes, qui demeure une question problématique. Ainsi, des banques concernées ont entrepris de collaborer avec la Sûreté générale et de bloquer, voire de renouveler, par précaution, des centaines de cartes bancaires utilisées récemment dans des DAB affectés par des actes de piratage. D'autres ont purement et simplement bloqué momentanément leurs distributeurs de billets. Aux dires de témoins oculaires, de très nombreux DAB dans la région de Beyrouth étaient hors service hier.
M. Morcos a, de son côté, préconisé de limiter les dégâts en plafonnant pour le moment les retraits en espèces et les transactions internationales, en particulier avec les pays mentionnés ci-dessus. Certaines banques seraient ainsi allées jusqu'à stopper toute transaction à l'international. D'autres auraient apparemment interrompu tout échange avec la Turquie et d'autres encore ont pris l'initiative de mettre en garde leurs clients ou de les aviser des délits déjoués par SMS ou par appels téléphoniques.
La BLOM a, quant à elle, mis en place un système de surveillance proche des transactions (« close monitoring ») et a fait appel à des logiciels modernes permettant de combattre les fraudes bancaires. De ce fait, il existe des logiciels antiskimming efficaces, en mesure de bloquer le distributeur en cas d'utilisation délictueuse et de mettre immédiatement en garde la banque contre les tentatives de fraude en cours.
Au final, le consommateur est-il protégé de ce fléau ?
M. Paul Morcos répond par la négative, soulignant que les banques ont « une obligation de moyens et non de résultat » au Liban, ce qui veut dire qu'elles ne sont pas tenues de rembourser leurs clients si toutes les mesures de sécurité et de prévention ont été mises en place. De ce fait, la seule vraie solution pour protéger ses économies est encore la vigilance : surveiller régulièrement ses comptes et ses transactions, ne jamais communiquer ses informations confidentielles et consulter ses relevés bancaires mensuels sont autant de démarches pouvant protéger de la catastrophe.

